La haine

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L’île, d’Armin Greder

Sur les rouleaux sombres d’une mer inhospitalière, on devine les planches hâtivement liées d’un radeau. Rejeté sur la plage, il y a un homme nu à la recherche d’un avenir possible. Mais devant lui sur le rivage, il y a la foule des habitants de l’île, déjà armés de fourches et enfermés dans des certitudes rassurantes. Que vient faire cet étranger ici ? Il n’est pas comme nous, renvoyons le vite ! Un homme, un seul, se dresse contre la communauté et offre un sursis à l’inconnu.

L’île est un magnifique album et par le sujet traité et par les dessins qui illustrent le propos. C’est à peine si nous avons besoin du texte : la couverture, blanche, est écrasée par la masse sombre d’un mur qui ceinture tout le livre. L’homme, silhouette à peine ombrée, occupe l’angle d’une page qui, sitôt tournée, dévoile le bloc menaçant des villageois.

La cohérence entre le dessin et le sens est parfaite, la xénophobie affichée et contente d’elle cache d’autres formes de rejet avec cette double page, où des vignettes successives montrent la femme qui cuisine, sert l’homme, tient la maison, pendant que celui-ci refait inlassablement son monde au café. Les visages sont déformés par la peur et la haine. Le corps nu et frêle de l’étranger n’est rien face aux corps épais armurés de lourd tissu.

Il devient l’objet de toutes les peurs et de tous les fantasmes, et même son départ et sa mort probable ne guériront pas les villageois de leur haine. Un album tristement d’actualité, indispensable.

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