"Longtemps, je me suis couché de bonne heure…"

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Betty Bone / Marcel Proust… Rencontre improbable…

Et pourtant, c’est ça qui est attirant, le contraste entre le récit de Proust et la ligne sobre de Betty Bone, ses taches de couleurs primaires, claquantes, et le détail précieux des « images » du texte.

Je me rappelle avoir lu « Du côté de chez Swann » une année de Pâques tardives, sur les tribunes désertes d’un terrain de sport en pleine nature, il faisait beau, ça sentait l’herbe fauchée et les aubépines, pas d’autres bruits que les insectes… L’état de grâce pour lire Proust ! Et d’ailleurs je m’étais faite la réflexion qu’à aucun autre endroit, sans doute, cette rencontre n’eut été possible.

Ma petite madeleine à moi, c’est donc lorsque j’ai aperçu en librairie la couverture de Betty Bone, grosse tache jaune de soleil et cette jeune fille aux cheveux rouges, Gilberte, parmi les fleurs et les papillons :

J’avais aimé de Betty Bone  « Balade » et « L’heure du facteur« , albums nets, francs, conçus directement sur l’ordinateur, et cependant très poétiques. Pour « La madeleine de Proust », elle a introduit du trait plus… « tarabiscoté ». On reconnait bien Marcel Proust, sa moustache, ses paupières tombantes, on identifie parfaitement la madeleine, la tasse de thé et puis s’invitent un chat et trois petites fourmis et, tout à coup, tout se décompose dans le plaisir,  dans le souvenir,  pour se recomposer quelques pages plus loin dans le village de Combray. Seules les trois fourmis demeurent elles-mêmes jusqu’à la dernière page.

Betty Bone a choisi d’illustrer également deux autres « moments » du livre : le « drame du coucher » qui obséda longtemps Marcel Proust et la rencontre avec « Gilberte ». Ce qui est intéressant, c’est que le texte intégral des trois extraits (hum… ça fait oxymore !) figure à la fin de l’album. Les phrases qui l’ont inspirée sont surlignées en jaune – toujours ce jaune ensoleillé – et c’est pour nous comme regarder un « original » de cette illustratrice qui pense directement mise en page, couleurs, détails, sur l’ordinateur. A nous d’imaginer son travail.

Pour « Gilberte », il est ludique de faire un va-et-vient entre le texte intégral qui donne des clefs et les images – interprétation ou non de Betty Bone -, retrouver ce qui est du texte, ce qui ne l’est pas, ce qui est évident, ce qui est caché un peu à la manière des images d’Epinal…

Voici donc un album original sorti en avril 2011 aux Editions Courtes et Longues, à la typographie soignée, qui permettra à ceux qui n’ont pas (encore) lu « A la recherche du temps perdu » de découvrir au moins l’origine de l’expression « la petite madeleine de Proust » et, peut-être, l’envie de lire « Du côté de chez Swann ».

Et si vous êtes séduit par le style de Betty Bone, pour en savoir un peu plus sur cette jeune illustratrice, rendez-vous sur le blog où elle répond au  fameux « questionnaire de Proust » ;  vous apprendrez – entre autres – que sa couleur préférée est le rouge, que la qualité qu’elle préfère chez un homme, c’est la moustache (pas étonnant que celle de Marcel Proust l’ait inspirée), et  que son occupation préférée est LIRE !

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