Pour mémoire

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Je vous écris du Vél’ d’Hiv : les lettres retrouvées, chez Robert Laffont

Il y a les lettres avec cette écriture si particulière de ceux qui ont appris à écrire avec une plume trempée dans l’encre du petit réservoir en porcelaine qu’il y avait sur chaque table d’école, avec des pleins et des déliés bien formés malgré l’urgence et la peur.

Pavillon, le 16 à quatre heures du matin –

« Mes chers Roland, Annie et Paule

Il est 4 heures du matin. Ils sont venus nous chercher… »

Paris le 16 Juillet 1942 –

« Ma chère soeur,

Je te fais écrire ces mots, la police est venue nous arrêter, avec tous les juifs de la maison... »

Le Vél’ d’Hiv (sans date) –

« Cher beau-frère et soeur

Je vous écris ces quelques mots pour vous donner de nos nouvelles qui sont bien tristes... »

Malgré tout on essaie de s’organiser :

« Apporte moi mon peignoir car l’on a froid… »

« Roland, apporte Vélodrome d’hiver colis avec gâteaux, fruits cigarettes… »

« Apporte moi quelques boîtes de conserve et apporte moi deux jupes de rechange… »

Il y a ceux qui espèrent et ceux qui écrivent des lettres testaments :

« Sachez que je vous ai aimés par dessus tout … »

Il y a des femmes  qui supplient :

« Moi je vais partir. Jacques et Raymonde resteront tout seuls. La croix rouge t’enverra peut-être une lettre te demandant si tu veux héberger Jacques et Raymonde. Je t’en prie Nana, je t’en prie Lucien, acceptez. »

« Je suis enfermée, je crois que je vais être envoyée en Pologne, je vous en supplie prenez mon enfant chez vous... »

« Je ne veux pas que mon enfant meure quelque part en Pologne, je veux mourir sans lui… »

Il y a des lettres d’enfants et on pleure à les lire.

Et puis il y a les photos d’Edith , de Jacques, de  Paulette, Clara et Jean…

Leurs regards figés sur la pellicule nous fixent à travers le temps. Ils ne restent rien d’eux que quelques mots jetés sur le papier, quelques clichés pris chez le photographe avec une belle robe pour les filles et la raie bien peignée sur le côté pour les garçons. Il y a des photos familiales : le souvenir d’une fête, une pause devant le jardin fleuri, un couple de jeunes mariés.

Sous la photo d’Edith Schuhova, arrêtée et déportée avec toute sa famille, il y a une petite note lapidaire  : « Cette photo d’identité dédicacée A mon meilleur ami… Edith le 24, juin 1942 est la seule que nous possédons. »

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