Banlieues

Par défaut

Passagers – La tour bleue d’Etouvie

texte de Jeanne Benameur, photographies de Gaël Clariana, Mickaël Troivaux, Stephan Zaubziter

Il fut un temps baptisé les « Trente Glorieuses », où des architectes terrassés par leur propre génie ont dessiné et fait bâtir par ceux qu’on allait y enfermer, les « grands ensembles ».

Peut-être ces projets étaient-ils louables : des habitations à loyer accessible avec le confort moderne ; et peut-être était-ce séduisant pour ceux qui avaient les WC dans la cour ou qui se lavaient dans l’évier de la cuisine sans eau courante et sans chauffage.

On voit au hasard d’une photo de chantier  ces alignements de legos au milieu de grands espaces déserts, où l’on avait promis arbres, jeux pour enfants, écoles et centres commerciaux. Tout un monde refermé sur lui-même et ghettoïsé avant même que les habitants n’en aient pris possession. Etre domicilié à une de ces adresses vous classait sûrement et définitivement sur l’échelle sociale…

Une équipe de photographes, un écrivain – Jeanne Benameur – ont parcouru couloirs, coursives, appartements déserts et en ont fait un magnifique album témoin de ces intimités disparues.

Les habitants sont partis mais ont laissé derrière eux les scories de leur vie passée :

D’extraordinaires papiers peints, quelques vêtements d’homme dans une penderie qui gardent aux creux de la manche vide la pliure d’un bras disparu ; sur le mur d’une cuisine on suit la croissance des enfants tout au long d’une petite échelle gribouillée à même la tapisserie. Derrière une porte ouverte un siège de bureau à l’assise curieusement penchée semble nous regarder.

Et puis des photos : une petite fille posant devant La Télévision, une silhouette malhabile perchée sur des skis, un dirigeable qui passe au dessus de la cité, et ce tryptique étonnant: un petit garçon qui devient un homme et dont le sourire se fige.

La destruction programmée de ces grands ensembles dans des opérations médiatisées nous montrent des femmes en larmes, des hommes bouleversés : si pour certains le passage dans ces quartiers n’a été qu’un tremplin vers l’ailleurs, pour d’autres le séjour est devenu permanent, des amitiés se sont nouées de palier à palier. Des enfants sont nés, ont grandi, la retraite a sonné. Toute une vie communautaire soudée par les mêmes soucis, les mêmes espoirs.

A découvrir

Publicités

Un petit commentaire ?

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s