Glaçant…

Par défaut

« L’animal était déprimé par le froid épouvantable. Il savait que ce n’était pas le moment de voyager. Son instinct lui disait une histoire plus vraie que ce que le jugement de l’homme disait à l’homme. En réalité, non seulement il faisait plus froid que quarante-cinq degrés au-dessous de zéro ; il faisait plus froid que moins cinquante, que moins cinquante-cinq. Il faisait soixante au-dessous de zéro. Le chien ne connaissait rien aux thermomètres. Il n’y avait probablement, dans son cerveau, nulle conscience aiguë de ce qu’était un froid intense, telle qu’on pouvait la trouver dans le cerveau de l’homme. Mais la brute avait son instinct. Elle éprouvait une appréhension vague mais menaçante qui la subjuguait, la faisait coller furtivement aux talons de l’homme, et la faisait s’interroger sur chaque mouvement inaccoutumé de l’homme, comme si elle s’attendait à ce que celui-ci aille au camp ou cherche quelque abri pour construire un feu. »

Mais  « l’homme » est sûr de lui, il a quitté la piste principale du Yukon pour rejoindre les gars de la vieille concession par une « piste indistincte et peu fréquentée [qui] s’éloignait vers l’Est à travers l’épaisse forêt d’épicéas ». C’est un trappeur, il sait qu’il arrivera au camp vers six heures. Déjà, il s’arrêtera à l’embranchement vers midi et demi et déjeunera de ses biscuits trempés de saindoux et renfermant chacun une belle tranche de lard frit. Il voyage léger, il n’est pas du pays et c’est son premier hiver dans le Klondike, mais il est observateur et il sait, par exemple, que les sources qui courent sous la neige et la glace sont des pièges…

« Construire un feu » est une nouvelle palpitante de Jack LONDON. A notre époque où certains s’offrent des stages de survie en milieu inhospitalier, lire ou relire les romans de Jack London est déjà une sorte d’initiation. Toutefois, Jack London n’écrit pas là qu’un beau récit sur la nature, son texte va plus loin sur les risques de la solitude… Solidaires, pas solitaires !

« Nul ne doit voyager seul dans le Klondike au-dessous de quarante-cinq degrés (…). Peut-être le vieux de Sulphur Creek avait-il raison. Si seulement il avait eu un compagnon de piste il n’aurait pas été en danger maintenant. Le compagnon de piste aurait pu construire un feu. Eh bien, c’était à lui de construire le feu à nouveau, et cette deuxième fois il ne devait pas y avoir d’échec. »

En 1897, Jack London avait lui-même participé à la ruée vers l’or dans le Klondike et, de cette expérience dans le Grand Nord Canadien, il en avait tiré matière à écrire « L’appel de la forêt » et « Croc blanc », que vous avez peut-être déjà lus. De même que des autres expériences de sa vie mouvementée et des épisodes misérables qui l’ont jalonnée, il a tiré des textes engagés, des textes qui parlent du sens de la vie et de la difficulté d’aller loin et de réussir lorsqu’on est seul.

Publicités

Un petit commentaire ?

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s