Copier n'est pas jouer…

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Sur le présentoir des nouveautés de la librairie, j’aperçois un joli album à l’italienne, une nouvelle version du conte de la petite poule rousse.

Intriguée, je commence à le feuilleter. Il est effectivement esthétique : belles pages de garde peuplées d’arbustes et d’animaux sur fond bleu profond, papiers variés du bordeaux au crème… Mais rapidement, j’ai une désagréable impression de déjà vu, le renard enfournant la poule dans le sac, le renard abusé par l’oiselle amie de la poule rousse, la poule qui recoud le sac, la renarde s’apprêtant à soupeser le sac, etc.  Je me sens comme le prof qui lit une copie d’élève quasi « décalquée » d’internet !

Je regarde la quatrième de couverture et je vois seulement écrit : « Une version du conte de La Petite Poule rousse inspirée de la tradition de l’art tribal warli (Inde). »

J’achète le livre, je rentre chez moi et je cherche fébrilement ma vieille édition de « Poule rousse » parue au « Père castor » en 1956. Las ! je compare page après page, illustrations et texte et j’en reste sans voix.

Et puis, après ce coup de sang, je me dis que le texte de LIDA tient encore sacrément bien la route malgré ses 55 ans, que sa Poulerousse qui bavarde, chante et joue aux dominos avec sa copine la tourterelle en dégustant un petit verre de vin sucré, c’est quand même autre chose que le manuel pour jeune fille du siècle dernier que nous propose l’édition de 2011 où la « petite » (pourquoi forcément « petite » ?) poule « coquette et dodue » (!) et son amie préférée, la paonne (ça ne s’invente pas !), cousent et brodent sans perdre une minute, tout en buvant du thé, et où la renarde « attend » inlassablement son rusé de mari, telle Pénélope. Il est écrit aussi que d’être une poule appréciée de tous ne porte pas chance (si ! si ! c’est écrit noir sur blanc !).

Bref, s’il y a une version moderne de ce conte traditionnel, c’est bien celle du Père Castor.

Mais, outre le fait que l’illustratrice de l’album chez Actes Sud junior se soit inspirée des dessins d’Etienne Morel, je suis interloquée  de voir – une fois de plus* – comme l’imagerie liée aux filles (re)devient réactionnaire depuis quelques années.

(*) cf.  « La fabrique des filles » de Laure Mistral chez Syros, à retrouver dans les archives du blog.

 

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