Du côté de grand-mère …

Par défaut

Du côté de grand-mère : souvenirs de Joli Schubiger-Cedraschi de Jurg Schubiger

« J’avais environ quatre ans quand je partis pour la première fois, et pour longtemps, chez ma grand-mère au Tessin. J’allais chez Nonna.

Nonna était la mère de mon père ; elle fut aussi la mienne pendant plusieurs années. »

C’est un livre chaud et doux comme une fête de Noël ou un bal sous les platanes dans la chaleur des soirs d’été.

La narratrice nous promène dans ses souvenirs avec comme pivot de son existence de petite fille presque abandonnée la présence de Nonna .

Nonna c’est cette petite femme frêle et redoutée qui sait lire et  écrire – fait rare dans son village – et qui dirige sans faillir la maisonnée : son mari, ses enfants, ses belles-filles.

Pour Joli, Nonna est cette figure tutélaire qui dirige le monde, qui arrête le temps. La personne à qui, enfant, on donne sans même s’en rendre compte son cœur et sa confiance. Nonna est là et  sera là jusqu’à la fin du monde.

« La Nonna savait toujours ce qu’il fallait faire ; elle savait toujours ce qui était juste. Imperturbable,  elle réglait notre quotidien. Elle m’apparaissait comme la grande administratrice des événements qui rythmaient nos journées, qui se répétaient d’une année sur l’autre, et qui finalement semblaient aller de soi. »

Et puis il y a Nonno le grand-père, le rebelle silencieux :

« La Nonna avait raison quand elle tempêtait, houspillait, donnait des leçons. Ce coutumier qu’elle incarnait signifiait aussi : fiabilité, régularité, règle. Nonno me montrait qu’on pouvait traiter les règles avec une certaine insouciance. Lui-même s’était soumis à divers règlements au cours de son existence. Sa vision à elle s’attachait aux choses immédiates, alors que son regard à lui portait loin . »

Joli a ce regard acéré des enfants : cette petite présence attentive regarde, suppute, apprécie. Elle est le témoin silencieux d’une vie quotidienne toujours à la limite de la subsistance ou le plat exceptionnel du Dimanche à la saveur exceptionnel de la rareté.

« Parfois tôt le matin, Nonna tuait une poule pour le risotto du Dimanche. On préparait le riz dans le bouillon ou on avait fait cuire la poule et qui était plus important que la viande elle-même. Par plaisanterie on disait d’une mauvaise cuisinière, ou d’une cuisinière radine, qu’au lieu de cuire la poule, elle avait laissé couler l’eau à travers la poule. »

Avec elle, on découvre la vie de ce village à la frontière italienne avec tout un passé  de pauvreté, d’immigration pour trouver enfin de quoi nourrir sa famille.  Toutes ces existences imbriquées les unes dans les autres, les fêtes, les accordailles, les enterrements, toute une vie sous le regard chaleureux et indiscret du voisinage.

La pérennité des habitudes rassurent et soudent la communauté :

« Les familles qui menaient maintenant leur vie séparément, restaient liées par une curiosité attentive. A vrai dire, ce n’était pas tant les nouveautés qu’on tenait à découvrir …

On cherchait plutôt la confirmation que les choses restaient bien telles qu’on les connaissait. On voulait entendre que Zia Lisa avait une fois de plus offert une pêche gâtée à ses hôtes : on pouvait alors afficher un sourire compréhensif et satisfait.

Un jour, Zia Lisa me donna des biscuits frais du boulanger qu’on avait du lui offrir. A leur vue, Nonna fut presque bouleversée... »

C’est certes le récit d’une relation unique entre une petite-fille et sa grand-mère, mais c’est également une chronique villageoise avec les menus faits de la vie quotidienne qui rythment le déroulement de la journée et dessine aussi une ségrégation sociale .

Il y a Nonna, Nonno, les voisins, et les signori, i sciuri…

Ceux qui portent des sabots et les autres :

« Dans notre village, on ne se posait que peu de questions, la plupart des choses allant de soi. On savait par exemple qui, en quelles circonstances, devait porter tel type de sabots. Cette règle, comme beaucoup d’autres, valait pour tous, sauf pour les sciuri. »

Et puis le temps passe, Joli grandit :

« J’avais déjà dix-sept ans quand je partis à vélo pour le Sud avec ma sœur Vittorina…

Pour ne pas nous montrer en short à Nonna, nous nous changeâmes derrière la haie avant d’arriver au village. Nous avions pris avec nous des jupes plissées qui correspondaient à ce que l’on jugeait convenable au village.

J’étais très déçue. Nonna s’efforçait de nous éduquer, et ma sœur et moi faisions tout pour nous soustraire à ses  tentatives…

Ses efforts et sa sollicitude me paraissaient excessifs…

La vie quotidienne bien réglée du village et de la maison m’avait liée à Nonna. A présent elle nous séparait. »

La fin est douce amère, une page se tourne, la magie s’estompe….

C’est un très beau roman qui m’a fait pensé au film de Fellini Amarcord que j’avais également beaucoup aimé. Bien sûr le film de Fellini s’attache à des événements  particuliers : la montée du fascisme et a dans le ton une causticité que l’on ne retrouve pas dans le livre mais là l’humour, la tendresse sont bien présents.

A lire absolument !

Publicités

Un petit commentaire ?

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s