Il ne fait jamais noir en ville

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Il ne fait jamais noir en ville, nouvelles de Marie-Sabine Roger aux Éditions Thierry Magnier

Sylviane, elle est sympa, ah oui c’est une brave fille, une vraie perle, et pas méchante en plus.

Et puis au bureau on est comme une grande famille, on se fait même des cadeaux.

C’est Mme Velin la chef de la compta qui gère ça, alors elle achète des tirelires pour garder les sommes recueillies.

« Celle de Valérie était en forme de girafe, car elle est grande de taille. Valérie.

L’an dernier pour le départ en retraite de Mr Batelier, un bien bel homme, un peu coureur, la tirelire était un cochon rose.

Vous voyez , je ne vous mens pas, quand je dis qu’on s’amuse bien !

C’est Mme Velin qui se charge d’acheter les tirelires.

Elle a un goût très sûr, très personnalisé. »

Et puis Sylviane elle est un peu seule et elle veut qu’on l’aime parce qu’elle n’a personne à aimer.

« Chaque matin, dés que j’arrive, Mr Peyrelot se met à chanter :

Tiens ! Voilà du boudin ! Voilà du boudin ! Voilà du boudin !

Et il ajoute avec un clin d’œil :

 » Je plaisante, pas vrai, Sylviane ?!  »

Alors elle fait tout ce qu’elle peut pour se donner l’impression qu’elle existe, qu’elle sert à quelque chose.

 » Ensuite il m’envoie lui chercher un café.

Mais il n’abuse pas : un café, deux ou trois fois par jour, lui recoudre un bouton, mettre un peu d’ordre dans ses dossiers quand il prend du retard, franchement, qu’est ce que c’est ? »

Et puis un jour il y a une rencontre, LA rencontre, et tout bascule…

Il y a aussi René et Henriette, Gilbert, Juan et Lucienne. Des vies chaotiques dans une cabane façon favelas au milieu d’un terrain vague : le plus ancien c’est Juan, Gilbert est arrivé deux ou trois ans après, une rencontre de café entre cabossés de la vie.

« Un jour de Février, Lucienne a poussé la porte, sans même avoir toqué…

Vieille comme les rues, trempée de pluie, elle possédait pour seule richesse un cabas en plastique dans lequel elle rangeait sa fortune : une pince à cheveux en plastique, une serviette de table à carreaux bleu et blanc, et une paire de pantoufles roses aux pointures dépareillées. »

Lucienne est restée, elle a posé son cabas comme si elle était arrivée au bout de la route. Il y avait enfin un toit,  enfin des regards qui la faisaient exister.

Et Gilbert a grogné, pour la forme, et Juan a monté une cloison pour faire un rabicoin à Lucienne.

L’année suivante, c’est René et Henriette qui sont arrivés…

« On les a vu se pointer au grillage, regarder avec envie les trois pieds de salades et l’ombre sous l’auvent que Juan s’était décidé à monter au dessus de la porte, pour garer l’entrée de la pluie et Lucienne des insolations. »

Et Gibert a grogné, pour la forme, et Juan a bâti une nouvelle chambre.

Le bonheur, un bonheur à la petite cuillère, des petites quantités longuement savourées : un toit, un jardin pour les légumes de la soupe, ils ont même un enfant à protéger, Lucienne.

« Lucienne n’a guère plus de cinq ans dans sa tête. Cinq ans et tous les rêves, les rires et les peurs qui peuvent aller avec

Avec ses yeux bleus bétonnée, ses cheveux blancs frisottés dans lesquels elle met des ficelles de toutes les couleurs, sa silhouette frêle et ses rires on dirait une vieille poupée. »

Et Noël arrive…

C’est un recueil de nouvelles de Marie-Sabine Roger, des moments de vie : petite chronique de la bassesse ordinaire, du mépris au quotidien, de la solitude. Mais aussi dans ces vies boulochées, la surprise de moments de bonheur.

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