Transsibérien

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Lit-on encore Blaise CENDRARS ?

Peut-être « L’or, la merveilleuse histoire du Général Johann August Suter », que quelques professeurs de Lettres font toujours figurer sur les listes de livres conseillés.

Et pourtant…

« En ce temps-là, j’étais en mon adolescence
J’avais à peine seize ans et je ne me souvenais déjà plus de mon enfance
J’étais à 16.000 lieues du lieu de ma naissance
J’étais à Moscou dans la ville des mille et trois clochers et des sept gares
Et je n’avais pas assez des sept gares et des mille et trois tours
Car mon adolescence était si ardente et si folle
Que mon coeur tour à tour brûlait comme le temple d’Ephèse ou comme la Place Rouge de Moscou quand le soleil se couche.
Et mes yeux éclairaient des voies anciennes.
Et j’étais déjà si mauvais poète
Que je ne savais pas aller jusqu’au bout.
Le Kremlin était comme un immense gâteau tartare croustillé d’or,
Avec les grandes amandes des cathédrales, toutes blanches
Et l’or mielleux des cloches…
Un vieux moine me lisait la légende de Novgorode
J’avais soif
Et je déchiffrais des caractères cunéiformes
Puis, tout à coup, les pigeons du Saint-Esprit s’envolaient sur la place
Et mes mains s’envolaient aussi avec des bruissements d’albatros
Et ceci, c’était les dernières réminiscences
Du dernier jour
Du tout dernier voyage
Et de la mer (…) »

Ce voyage : « La Prose du Transsibérien et de la petite Jehanne de France » avec les couleurs simultanées de Sonia DELAUNAY-TERK, vient d’être réédité par les éditions PUF en fac-similé dans un très beau coffret à l’italienne, grâce à Miriam, la fille de Blaise Cendrars, pour les 50 ans de la mort de son père.

Blaise Cendrars et Sonia Delaunay avaient réalisé en 1913 un livre-objet, livre-poème-tableau, composé pour moitié de couleurs, pour moitié de texte, réunis en un accordéon long de deux mètres lorsqu’on le déplie et inséré dans une « couverture », en fait une petite pochette en chevreau. Presque cent ans après – et en le replaçant, bien entendu, dans le contexte littéraire et artistique de l’époque – c’est passionnant de le redécouvrir et de faire le voyage, ville après ville, vers après vers (445 vers), tout en contemplant les peintures de Sonia Delaunay.

Miriam Cendrars en a rédigé une introduction, volume de 80 pages qui figure également dans le coffret. Cette présentation se termine sur la question que Pierre Lazareff avait posé à Blaise Cendrars dans les années 30 pour un reportage à Paris-Soir :

– Mais enfin, Blaise, tu l’as vraiment pris le Transsibérien ?

Et Blaise de répondre :

– Qu’est-ce que ça peut te faire puisque je vous l’ai fait prendre à tous.

Alors, bon voyage !

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