Le jeu du chevalier

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« Le Jeu du chevalier » de Kit Pearson chez Albin Michel

Chez les Bell, il y a Père qui enseigne la littérature shakespearienne à l’université et les enfants dont les prénoms ont été choisis dans l’œuvre du dramaturge : Cordelia plus banalement appelé Corrie, Sebastien, Rosalinde, les jumeaux Harry et Orlando (dit Orly) et Juliette.

C’est à travers le regard de Corrie que nous entrons dans l’intimité de cette famille tout à la fois excentrique, chaleureuse et un peu anachronique aussi .

Toute la fratrie s’est soudée autour d’un jeu de rôle, les chevaliers de la Table ronde, dirigé par Sebastien l’aîné.

« Sebastien avait commencé à jouer à la Table ronde aprés la mort de leur mère. Aujourd’hui, cela n’avait plus rien d’un jeu, la Table ronde avait envahi presque tous les aspects de leur vie. »

Peu à peu le malaise s’installe, l’apparente indifférence du père glace :

« Corrie le regardait, elle n’arrivait jamais à savoir si Père manifestait un réel intérêt pour leur vie. Certes il les interrogeait et écoutait leurs réponses, mais il parlait d’un ton poli et détaché. Comme s’il s’appliquait à jouer le rôle du père. »

La belle harmonie familiale se lézarde peu à peu. Rose aspire à s’affranchir de liens qui lui semblent de plus en plus pesants et c’est la première à s’inquiéter de l’étrange comportement de son frère qui, persécuté à l’école, s’enferme peu à peu dans un étrange monde merveilleux étrange coupé de toute réalité.

– « Alors le Père Noël est une histoire comme celle de la Table ronde. Pour de faux, je veux dire », se résigna Harry.

– « Enfin, pas exactement », déclara Sebastien en fronçant les sourcils. « Le Père Noël est un mythe, la Table ronde est beaucoup plus vraie »

– « Ne sois pas ridicule Sebastien » lui rétorqua Rose , »la Table ronde est autant un mythe que le Père Noël. Nous faisons semblant d’être des chevaliers, nous ne sommes pas vraiment des chevaliers. »

Sebastien, malgré sa rencontre avec Jennifer, s’enfonce peu à peu dans la folie.

« Elle s’appelle Jennifer. Tu ne trouves pas ça incroyable, Jennifer, comme Guenièvre. C’est sans doute difficile à comprendre pour toi Corrie, mais je crois en fait que Jennifer est la réincarnation de Guenièvre.

La quoi ?

La réincarnation, c’est lorsqu’un être du passé renaît dans le corps d’une personne du présent. Je suis la réincarnation de Lancelot. Je sais que Lancelot est en moi. »

La famille Bell est la famille du silence. Chacun s’enferme dans sa souffrance et pense l’évacuer en la niant. La mère morte occupe tout l’espace et si elle est présente dans l’esprit de chacun, personne n’a le courage de l’évoquer. Le père, enfermé dans son chagrin, devient imperméable à toutes les sollicitations de Corrie, qui assiste désemparée au naufrage de son frère.

La sensibilité des personnages, leur désespoir, leur souffrance certes, mais aussi cet amour intense qui les lie  rendent ce roman extrêmement attachant. J’ai beaucoup, beaucoup aimé !

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