L'enfant du Jeudi

Par défaut

L’enfant du Jeudi par Sonya Hartnett

En Australie pendant la Grande Dépression, la famille Flute tente de survivre. Il y a Pa, Ma et les enfants : des enfants qui naissent et meurent avec la même régularité.Ceux qui survivent doivent s’adapter rapidement à un quotidien  précaire, ils ont toujours un peu froid, toujours un peu faim mais sont soudés autour d’une entité rassurante : Pa.

« J’avais presque sept ans, et je prenais la vie comme elle venait : je vivais sur une terre épuisée que nous avait accordée le gouvernement en remerciement des services rendus par mon père pendant la guerre, une guerre où il avait reçu une balle dans le pied dont il gardait une cicatrice noueuse comme une souche d’arbre ; à présent mon papa tuait des lapins et ma mère faisait du civet. »

Nous découvrons la fratrie à travers le récit de Harper :

Devon et Audrey, les grands qui vivent dans la frustration de désirs irréalisables et pourtant si modestes : un poney, une robe propre, manger à leur faim…

Tin et Caffy les petits très aimés, protégés mais dans l’obligation de grandir vite pour laisser la place à un nouvel arrivant.

Caffy meurt et la famille éclate. La culpabilité, le désespoir devant cette fatalité qui s’attache à leur famille, la pauvreté toujours plus présente les entraînent dans un terrible dénuement : la faim est toujours là mais les sentiments qui leur permettaient de vivre envers et contre tout disparaissent, laissant place à la méfiance, la haine, le mépris.

Pa n’est plus celui qui peut les sauver mais celui qui va les faire sombrer.

Et puis il y a Tin : Tin a eu la place enviée de petit dernier jusqu’à la naissance de Caffy. Et c’est aussi le jour où Caffy est né que Tin a failli mourir.

Un glissement de terrain le long de la rivière et Tin disparaît, englouti. Est-ce à ce moment là que tout a basculé ? Car Tin miraculeusement sauvé va commencé à creuser

« Qu’est ce qu’il fait toute la journée? s’enquit- elle. Il creuse , c’est tout ? »…

« Ce n’est pas vraiment qu’il creuse, pas des tunnels en en tout cas. Il modifie simplement la forme des choses.

– Il prend ses repas là -dessous, précisa Devon . C’est dégoûtant.

Il ne fait ça que depuis quelques jours. Il sortait la tête et les bras, avant. »

Ce très jeune enfant – il a cinq ans – s’établit sous la maison, se creuse, dans un premier temps, une simple dépression dans laquelle il se love avec les chiens qui sont sa seule compagnie, puis il étend un réseau complexe de galeries souterraines. Ses apparitions se font de plus en plus espacées : il devient comme le membre fantôme d’une famille en plein délitement.

Le roman oscille entre roman réaliste avec une description poignante d’une famille sans espoir, écrasée, étranglée par la misère, et roman fantastique avec cet enfant qui s’enterre vivant.

Ce retrait, cette réclusion volontaire sont acceptés voire encouragés par le reste de la famille qui fait front face à la désapprobation du reste de la communauté.

 » Va chercher un bol d’eau », dit Pa à Audrey, et quand le bol arriva il le fit glisser sous la maison aussi loin que ses bras pouvaient le pousser. » Si tu mouilles les parois de ton tunnel, Tin, elles durciront bien solidement en séchant.

-Court, murmura Ma, il ne faut peut-être pas l’encourager… »

La terre, la boue, les profondeurs sont le fil conducteur de ce récit :

A travers  les souvenirs du père : « Pa racontait  que pendant la guerre , tout un pays s’était changé en boue. Et ce pays bourbeux avait aspiré des bataillons entiers d’hommes et de chevaux, et personne n’avait jamais revu un cheveu de leurs têtes. »

La mort de Caffy qui disparaît dans un puits…

La maison familiale qui s’effondre, aspirée dans un gigantesque fosse, les fondations minées par le travail de sape de Tin…

Il y a la vie « en surface » de la famille Flute, au soleil, dans le vent, visible aux yeux de tous et cette vie parallèle, sombre et angoissante sous la maison. Mais c’est Tin, sentinelle invisible, souverain d’un royaume enfoui, qui les sauvera tous.

C’est un roman étrange, passionnant, j’ai adoré…

.

Publicités

Un petit commentaire ?

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s