La vieille et la bête

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A propos de « Pourquoi l’enfant cuisait dans la polenta » d’Aglaja Veteranyi, je vous avais suggéré de ne pas rater la venue de la marionnettiste et danseuse ILKA SCHÖNBEIN, invitée par les Centres Culturels Municipaux de Limoges.

Ilka Schönbein y a interprété mardi soir sa dernière création, dédiée à son père disparu :

« La vieille et la bête« 

accompagnée par la chanteuse et musicienne Alexandra Lupidi, « pour faire danser [ses] vieux os« .

Ilka Schönbein s’est inspirée de plusieurs histoires dont « Le bonhomme misère et la mort dans le pommier » et un conte de Grimm « Le petit âne », mâtiné de « La belle et la bête », pour un spectacle sur le thème de la vieillesse, de l’amour et de la mort. Sur scène peu d’artifices : une estrade, des pommes, de la paille, des chiffons, outre masques-moulages et marionnettes…

Pour commencer, Ilka Schönbein donne vie à une petite ballerine toute rose à la Degas qui, à force de travail, devient « ballereine » mais, avec le temps, finit en « balleruine ». Le ton est donné.On ne pense plus à Degas mais à Egon Schiele.

Elle enchaîne avec la vieille femme dont le pommier est chaque année dépouillé de ses pommes par des enfants et dont le voeu le plus cher serait qu’ils n’en puissent plus descendre sans sa permission ; lorsque la mort elle-même viendra la chercher, elle usera de ce stratagème pour tenter de lui échapper… Car, lui dit-elle, « ce n’est pas moi qui suis vieille et moche, c’est lui, l’animal qui s’appelle mon corps ! »

Ce qui nous amène à la troisième histoire : une reine qui ne pouvait avoir d’enfant… Elle finit cependant par accoucher d’un âne qu’elle élèvera comme un humain ; lui aussi à force de travail – et le corps d’Ilka Schönbein se contorsionne et nous souffrons avec elle – apprendra même à jouer du luth, sera jeté à l’eau (tiens, ça fait penser à Pinocchio) puis épousera une princesse. Evidemment (!), la bête cachait un merveilleux prince…

Puis, c’est « Léna qui ne voulait pas aller dans une maison de retraite » malgré ses 85 ans et, devenue pratiquement folle, arrachant l’une de ses jambes dans laquelle elle sent pousser un pommier (on pense à « L’homme-bonsaï »), elle s’éteindra dans les bras d’Ilka. On ne sait plus quel membre est à la marionnette, lequel est à Ilka, l’illusion est parfaite, la marionnette, Ilka, les corps se fondent, se prolongent, le public est fasciné.

Le petit verre de cidre n’est pas de trop à la fin, pour se rasséréner et « approcher » cette étonnante femme-mime- danseuse-marionnettiste-contorsionniste, terriblement émouvante, fragile et forte à la fois.

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