Voyage autour de ma chambre

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Connaissez-vous la Schwambranie ? Cette île d’origine volcanique sur le continent de la Grande Molaire…

Si vous répondez : oui ? Alors vous m’y avez précédée de peu. En effet le récit du voyage sur ce continent – certes découvert par André Malraux en 1934 lors du congrès des écrivains révolutionnaires à Moscou, qui le fit traduire et publier par Gallimard en 1937 –  était ensuite sombré dans l’oubli en France et vient juste d’être réédité en 2012 par les Editions Attila.

Si vous avez répondu non ! C’est donc l’occasion de vous plonger dans ce livre, « Le voyage imaginaire« ,

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dont l’auteur, Léo CASSIL, nous raconte la genèse dans les premières lignes :

« Le soir du 11 octobre 1492, au bout de son 68ème jour de voyage, Christophe Colomb aperçut au loin une lumière qui se déplaçait. Colomb suivit cette lumière et découvrit l’Amérique. Le soir du 8 février 1914, mon frère et moi, punis, avions été tous les deux mis au coin. Au bout de la 12ème minute, mon frère fut gracié, parce qu’il était le plus petit, mais il refusa de me quitter avant que le temps de la punition se fût écoulé, et resta au coin. Pendant quelques instants nous scrutâmes les profondeurs de nos nez. A la 4e minute, les nez explorés, nous découvrîmes la Schwambranie. »

Tout commence par la disparition de la Reine, la reine du jeu d’échec du papa… Les deux enfants, Lolia le narrateur et son petit frère Osska, vivent dans « l’intelligentsia » de cette société figée de Pokrovsk-sur-Volga dans les dernières années du tsarisme, avec les gens que l’on fréquente et ceux « que-l’on-ne-fréquente-pas, [comme] « les marchands d’habits, les rémouleurs, les joueurs d’orgue de Barbarie, les colporteurs, les serruriers tcherkess, les vitriers, les facteurs, les pompiers, les mendiants, les ramoneurs, les hommes de service, les cuisinières du quartier, les charbonniers, les diseuses de bonne aventure, les charretiers, les tonneliers, les cochers, les hommes qui fendent le bois », pourtant si captivants !

Leur père est médecin et leur mère, dentiste à l’origine, donne des leçons de musique. Et tandis que vont se dérouler sous nos/leurs yeux d’enfants, la Première Guerre mondiale et la Révolution de 1917, l’abdication de Nicolas II, le coup d’état mené par Lénine, puis la confrontation avec la mort, le typhus, la famine et le froid, les déménagements successifs, l’antisémitisme toujours présent… nous découvrons parallèlement la Schwambranie. Pays imaginaire qui se superpose à la réalité, s’y contraint, s’y oppose, s’y réforme lui aussi. Les Schwambraniens abordent de nouvelles terres, se battent, déposent également leur tsar, se forgent leurs héros et leurs « salauds ».

Lolia est secoué par la tempête de la Révolution, le Lycée est remplacé par l’Ecole Unique Soviétique du travail et déménage, les anciens professeurs sont chassés, une cousine fraîchement communiste . »débarque de Moscou pour habiter chez eux et « s’étonne un peu qu’à une époque si passionnante, [ils eussent ] encore besoin d’un monde surnaturel. C’était une honte, disait-elle, le temps est venu de travailler« . Elle va vite devenir la directrice d’une bibliothèque pour les enfants qu’elle décrit ainsi :

« La bibliothèque, mes petits, ça ne doit pas être un simple comptoir, un simple office de distribution de livres ; la bibliothèque ce sera l’état-major de l’étude et de l’éducation en dehors de l’école… le club que les enfants aimeront. Ah ! petits cousins, qu’il sera beau notre club, votre Schwambranie n’en a même pas rêvé de pareil… Tous les gosses viendront chez nous, vous verrez… »

Les quatorze pages de postface de ce livre – plusieurs fois censuré en Russie – permettent de s’informer, de relativiser, de mieux comprendre qui fut Léo Cassil et cette période terriblement importante de l’histoire de la Russie. On peut les lire avant… on peut les lire après, on peut les lire avant et après, mais on doit les lire et comme l’écrit Benoît Virot : « Il faut rendre justice à Cassil de n’avoir pas abjuré sa Schwambranie. Et de nous avoir laissé un monument de l’imaginaire. A quelques mois près, pendant lesquels Staline a étendu son emprise sur la vie intellectuelle, ce texte n’eût peut-être jamais pu paraître. […] Il est toutefois périlleux de juger le Cassil de 1931 à l’aune de ce qu’on a appris depuis (lui le premier, qui l’a éprouvé jusque dans ses liens fraternels). »

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