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A propos de « Destins de chiens », Benjamin Lacombe fait allusion à Edward Gorey. Tim Burton fait de même pour son livre « La triste fin du petit enfant huître ». Quant à Edward Gorey lui-même, il dit avoir été influencé par Edward Lear et ses « Limericks »…

On pourrait y jouer longtemps, comme dans la comptine « Trois p’tits chats, trois p’tits chats, trois p’tits chats, chats, chats, chapeau d’ paille, chapeau d’ paille, chapeau d’ paille, paille, paille… » du style des « portmanteau words » (mots-valises), ces poèmes anglais « absurdes » (nonsense) qu’affectionnait aussi Lewis Carroll.

Si ce sont les derniers jours de l’exposition « L’étrange parade de Benjamin Lacombe » à la BFM de Limoges, vous avez jusqu’au mois d’août pour découvrir l’exposition Tim Burton à la Cinémathèque Française à Paris et rencontrer, « en chair et en os » allais-je dire, non, en métal, tissu, résine ou vidéos, le fameux (!) petit enfant huître et ses monstrueux camarades : Robot Boy, Stain Boy, Roy the toxic boy ou the boy with nails in his eyes…

L’éditeur 10/18 propose le texte de Tim Burton (« La triste fin du petit enfant huître et autres histoires« ) en édition bilingue et, malgré la traduction imaginative de René Belletto, rien n’est plus délectable que de lire « dans le texte » les vers rimés de Tim Burton en regardant ses illustrations.

                                                              The girl with many eyes

One day in the park / I had quite a surprise. / I met a girl / who had many eyes.

She was really quite prettty / (and also quite schocking !) / and I noticed she had a mouth, / so we ended up talking.

We talked about flowers, / and her poetry classes, / and the problems she’d have / if she ever wore glasses.

It’s great to know a girl / who has so many eyes, / but you really get wet / when she breaks down and cries.

Edward Gorey est, lui, terriblement concis dans son abécédaire des « Gashlycrum tinies » (« Les Enfants fichus », traduction de Ludovic Flamant pour les éditions Attila en 2011), mais ses dessins sont redoutables :

Fanny

LéoQuentin

Respectivement : F is for Fanny sucked dry by a leech, L is for Leo who swallowed some tacks, Q is for Quentin who sank on a mire

Les enfants connaissant généralement une fin tragique dans ses livres, on demandait régulièrement à Edward Gorey pourquoi il semblait les détester… Or il répondait invariablement : « Vous vous trompez, d’ailleurs je ne connais pas d’enfant. » Pourtant quelques livres illustrés par lui, traduits en France à la fin des années 1970, témoignent d’un intérêt certain pour eux, voire même d’une certaine empathie.

Je pense à « Théophile a rétréci » de Florence Parry Heide (Ecole des Loisirs, 1979) où Théophile se met à rétrécir dans l’indifférence générale et là, ce sont plutôt ses parents ou le directeur de l’école qui sont dépeints avec une certaine cruauté ! Dans « Il était là, il attendait » de Rhoda Levine paru aux Editions Harlin Quist en 1978, Edward Gorey avait même quitté son minutieux trait noir pour une délicate illustration aquarellée, à propos d’une sympathique famille « adoptée » par un gros chien poilu et mystérieux.

Tim Burton et Edward Gorey font tous deux également référence à  « Alice au pays des merveilles » de Lewis Carroll, lui-même incrustant des personnages de « nursery rhymes » comme Tweedledum et Tweedledee ou Humpty Dumpty.

« Paillasson, paillasson, paillasson, son, son, somnambule, somnambule, somnambule, bule, bule, bulletin, bulletin, bulletin, tin, tin (…) »

Pas si loin de cette tradition anglo-américaine, rappelons-nous, en 1845, les désobéissants enfants d’ Heinrich Hoffmann : « Pierrot l’ébourrifé » dont les doigts prolongés d’ongles longs d’une année

ne sont pas sans faire penser à ceux d’ « Edward aux mains d’argent » de Tim Burton. Quant à la manière dont Heinrich Hoffmann fait finir en cendres la désobéissante petite Pauline… elle n’a rien à envier à la Match girl de Tim Burton ou à la Rhoda d’Edward Gorey. Les images d’Heinrich Hoffmann sont accompagnés là aussi de textes rimés très… enlevés :

« Doch weh ! Die Flamme fasst das Kleid, / Die Schürze brennt ; es leuchtet weit . / Es brennt die Hand, es brennt das Haar, / Es brennt das ganze Kind sogar (…)

Und Minz und Maunz, die kleinen, / Die sitzen da und weinen : / Miau ! mio ! miau ! mio ! / Wo sind die armen Eltern ? Wo ? / Und ihre Tränen fliessen / Wie’s Bächlein auf den Wiesen. »

Vingt ans plus tard Wilhelm Busch réalise la bande dessinée « Max et Moritz » qui met en scène encore deux insupportables gamins terrorisant les adultes alentour, eux aussi finissent mal, on s’en réjouit !!!

« Tintamarre, tintamarre, tintamarre, mare, mare, marabout, marabout, marabout, bout, bout, bout d’ ficelle, bout d’ ficelle, bout d’ ficelle, celle, celle, selle de cheval, selle de cheval, selle de cheval, cheval, cheval (…) ». Etc.

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