Nous étions des passe-muraille

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Nous étions des passe-muraille de Jean-Noël Sciarini à l’Ecole des Loisirs

Sarah et Jean c’est le couple improbable, c’est l’histoire d’un amour qui n’aurait jamais du naître.
Jean est celui qui souffre, mal dans son corps, mal dans son âme et qui n’arrive pas à mettre des mots sur son mal-être.

« J’ai toujours été celui à qui l’on s’adresse pour obtenir des trucs illégaux, je dois avoir la carrure de l’emploi. A l’école primaire, c’étaient des cigarettes et des bières, au collège, de l’herbe et des acides.

Mais je ne serais jamais à hauteur de cette réputation et, le plus souvent, je n’ai dans les poches que des bonbons acidulés et des canettes de panaché. »

Sarah est belle et secrète, elle reconnaît dans les œuvres qu’elle dévore un écho de ce désespoir qui la ronge.

 » Sarah est bien plus redoutable que moi. Ce sont des bombes de papier et de laser qu’elle a dans les poches : des nouvelles de Salinger, des pièces de Bernard-Marie Koltes et des poèmes de Nazim Hikmet ; et les voix de Leonard Cohen, de Nick Drake et de David Bowie. Des voix qui nous émeuvent aux larmes alors que nous ne savons pas encore ce que c’est d’être triste à ne pouvoir rien faire d’autre que chialer. »

Sarah est la passeuse de mots ; elle va livrer à Jean les clés du monde dans lequel elle s’est enfermée pour ne pas céder aux souffrances de la nostalgie.

Enfant, elle a du quitter Berlin et une enfance enchantée par les contes merveilleux que lui lisait sa mère, mais la chute du mur les a à jamais enfermés dans leurs souvenirs.
« Elle m’a raconté son père, sa joie infinie de voir le mur détruit, mais sa crainte, aussi. Sa crainte de pouvoir enfin traverser ce mur qui n’existait plus sur la carte de Berlin, mais qui était toujours, qui serait toujours dans son coeur . »

Sarah a su deviner qui était Jean, sa sensibilité son désir d’absolu. Elle va à la fois le faire naître à l’amour et à la reconnaissance de lui-même et l’enfermer dans les dérives de sa propre destruction car Sarah est anorexique :  Jean veut la sauver quitte à se perdre en la sauvant.

C’est un très très beau roman avec une écriture qui traduit au plus près ce sentiment d’urgence : il faut vivre, vivre à tout prix, abolir le temps, tromper la mort.

«  D’abord nous fracasserons les murs, ensuite nous redessinerons l’horizon afin qu’il soit nôtre. »

A lire absolument.

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