Amate !

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Pour les latinistes, amate évoquera peut-être simplement l’impératif du verbe aimer, ce qui n’est pas déplaisant comme idée, en dépit du fait qu’il s’agit d’une injonction peu plausible !

En fait, « amate » – pour ce livre – est une sorte de papier artisanal fabriqué à partir de fibres végétales, en particulier celles du ficus. Les Indiens du Mexique désignaient le papier, dans leur langue, le nahuatl, sous le terme d’amatl et, par extension, les livres ou codex, fabriqués à partir de ce papier.

La plupart des codex mesoaméricains ont été détruits par les prêtres et les colons espagnols à la suite des conquistadors au XVIe siècle. Toutefois, quelques-unes de ces longues bandes de papier amate, pliées en accordéon et couvertes de dessins et de signes, ont été retrouvées.

Au XXe siècle, des artisans mexicains « réinventèrent » cette technique autrefois populaire de peinture sur amate et s’appliquèrent à reproduire des scènes traditionnelles ou contemporaines.

C’est ainsi que l’artiste Javier Martinez Pedro réalisa  au cours de l’été 2011 un amate de près de 2 mètres racontant l’histoire d’un enfant mexicain, de son village jusqu’à Los Angeles.

José Manuel Mateo Calderon  écrivit le texte, justement intitulé « Migrar », sur les images de ce codex, que les éditions Rue du Monde ont adapté en français fin 2011 pour leur collection « coup de coeur d’ailleurs » sous le titre moins explicite :  « Au pays de mon ballon rouge ».

Le codex initial figure à la fin du livre, longue bande d’un mètre dix, en noir et blanc, fourmillant de détails sur l’itinéraire de cet enfant mexicain, contraint comme tant d’autres – du fait de la pauvreté au Mexique et l’attrait d’une vie plus facile aux Etats-Unis voisins – de quitter son village, son chien et, dans le texte, son ballon rouge, avec sa mère et sa soeur, dans l’espoir de retrouver son père clandestinement émigré à Los Angeles.

Monter dans un camion, se cacher sur le toit d’un train, courir pour tenter d’échapper aux camions jaunes lancés à la poursuite des clandestins parce  que « s’ils te prennent, tu disparais vraiment« … Passer la frontière sans se faire repérer par les chiens policiers, et, si tout s’est « bien passé » (!) arriver à Los Angeles ou ailleurs où les attendent des employeurs peu scrupuleux, est le lot des ces immigrants.

Le codex de Javier Martinez Pedro est « découpé » en larges bandes horizontales de 18 cm sur 28 cm, détails des scènes denses et naïves en noir et blanc que « commente » en regard le texte de José Manuel Mateo Calderon composé en blanc sur des pages noires ou rouges. Ce qui donne un large album à l’italienne sur beau papier (« Amber graphic, issus de forêts gérées durablement » cf. la dernière page du livre), à prendre le temps d’explorer soigneusement avant de lire les intéressantes pages documentaires intitulées « Dans les coulisses de Au pays de mon ballon rouge » et de contempler dans son intégralité le codex vertical, haut d’un mètre dix, pour y découvrir encore de nouveaux détails.

Un beau livre sur un sujet d’actualité.

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