Au commencement il y avait Bob

Par défaut

Au commencement il y avait Bob

sous-titre : Dieu a mal au crâne

de Meg Rosoff

traduit de l’anglais par Luc Rigoureau

Hachette – collection Black Moon – mai 2012

Dieu est un tout jeune homme, il s’appelle Bob. Le job lui est échu par hasard, parce que sa mère, la déesse Mona, a gagné au poker un certain soir. Égocentrique, capricieux, paresseux, inconséquent voire clairement méchant, Bob n’a rien pour plaire. Depuis des millénaires, il est secondé par Mister B, vieil homme sage qui gère tous les dossiers en instance liés aux bêtises de Bob. Et qui essaie accessoirement de sauver les baleines, qu’il adore. Alors que Bob vient (encore) de s’enticher d’une jolie humaine, une soigneuse au zoo du nom de Lucy, Mister B pose enfin sa démission auprès des plus hautes instances. Evidemment, le temps que la réponse arrive, il lui faut quand même tenter de pallier les dérèglements climatiques induits par les humeurs amoureuses chaotiques de Bob…

Meg Rosoff n’en finit pas de m’étonner, proposant ici, plus qu’un roman, une sorte d’essai sous forme de fiction qui revisite avec impertinence le concept de Dieu. De fait, l’ouvrage pourra en choquer certains tant Bob est désagréable, à l’opposé de l’idée du Père des cieux attentif et bienveillant que l’on pourrait se faire. Mister B correspond bien davantage à ce profil, mais il lui manque, nous dit-on, le génie et le souffle créateur propres à la jeunesse de Bob.

Autour de ces deux facettes divines gravitent en vrac : – d’autres entités célestes inconnues (signes implicites qu’il y aurait encore autre chose au-dessus ou en-dehors de notre Dieu unique), – quelques humains… tout à fait humains (banals, quoi, ils s’insèrent dans l’intrigue avec leurs faiblesses, sans la faire avancer, tels de petits moucherons baladés par l’omnipotent et inconscient Bob), – un très intéressant Eck, condamné à être mangé par le vainqueur d’une partie de poker jouée par Mona. Eck est un eck, c’est-à-dire une sorte de petit tapir duveteux créé par Bob, qui en a fait son esclave animal de compagnie. Les quelques semaines de sursis de Eck avant la casserole l’amènent à réfléchir (autant que le peut ce sensible animal sans paroles) au sens de la vie et de la mort, à notre place sur terre et à l’immortalité : toutes sortes de questions qui n’ont jamais effleuré son maître Bob, bien trop occupé à satisfaire ses petits plaisirs immédiats – la plupart donc liés au sexe.

Que dire de plus de ce roman délirant avec logique, si ce n’est qu’il faut le lire pour se faire son opinion ? L’écriture d’excellente qualité suit les personnages en discours indirect libre, donnant lieu à la fois et en même temps à des passages croustillants d’humour noir, et à des invitations à (re)penser nos existences. Avec ce roman de Meg Rosoff, j’ai trouvé que la mythologie antique se rejouait un peu à notre XXIème siècle : des personnages célestes faillibles, compliqués, très proches de leurs créations mortelles et empêtrés dans toutes sortes de problèmes personnels. Peut-être s’agit-il d’une manière détournée de nous dire que toutes les religions se valent depuis la nuit des temps ? C’est assurément un sacré pavé dans la mare divine.

« Bob leva les yeux au ciel. Malades, affamés, tout ça, c’était du pareil au même. Il ne comprenait pas qu’on en fasse tout un plat. N’importe quel observateur doté d’un unique neurone aurait pigé qu’il y aurait toujours une classe inférieure – serfs, esclaves, intouchables – et, qui plus est, qu’elle méritait sûrement l’horreur de son sort. Il détestait que Mister B perde tout ce temps (un temps précieux qu’il aurait pu consacrer, genre, à moi?) à se biler pour des masses populeuses, telle une ascète de vieille mémé pathétique s’adonnant à ses bonnes œuvres. » (p. 234)

Publicités

Un petit commentaire ?

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s