N'embrassez pas qui vous voulez…

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« Entrez dans la danse,
Voyez comme on danse,
Sautez, dansez,
Embrassez qui vous voudrez.
« 

Il y a des pays où les enfants, insouciants, rient, dansent et chantent. Et puis il y a, au même moment, de par le monde, des enfants qui grandissent trop vite parce que la vérité n’est pas bonne à dire, parce que dans ces pays-là, il faut apprendre très vite à « ne rien voir, ne rien entendre, ne rien dire ».

Par exemple Viktor… Viktor est un petit garçon amoureux et, au cinéma, il essaie d’embrasser Agata… Dans la plupart des pays, c’est un geste qui ne tirerait pas à conséquence, Agata accepte ou n’accepte pas, mais le monde ne s’arrête pas de tourner pour autant.

Eh bien là, si ! Car nous sommes en Pologne, au moment de la dictature soviétique, Viktor et ses camarades sont au cinéma pour regarder un film de propagande sur « le camarade Staline » et non pour penser à leurs amourettes. Agata pousse un cri, la séance s’interrompt et Viktor est convoqué chez le directeur qui commence son homélie par « Camarade Viktor, que va-t-on faire de vous ?… Vous êtes bien le fils de votre père. »

Tout est là… Le directeur est zélé et le père de Viktor est un écrivain non inféodé au Parti. Alors la machine s’emballe, et tandis que le directeur tente de faire parler Viktor – sur son père -, la maîtresse interroge ses camarades.

C’est Marzena SOWA qui raconte, Marzena Sowa est une scénariste franco-polonaise, née en Pologne en 1979.

Elle a raconté son enfance dans les 2 tomes de « Marzi », dessinés par son compagnon Sylvain Savoia, parus chez Dupuis :

« N’embrassez pas qui vous voulez » est un nouveau projet de BD qu’elle a partagé avec l’illustratrice Sandrine REVEL et qui vient de paraître chez Dupuis en août 2012.

L’histoire de Viktor lui permet une petite « photographie » de l’époque, de la terreur omniprésente. « A cette époque-là, écrit-elle dans la postface, tout était suspect. Pour un rien on pouvait être envoyé au goulag, disparaître, perdre la vie. »

« N’embrassez pas qui vous voulez

si vous tenez à la vie » (…)

« Vivre est suspect »

écrit le papa de Viktor dans l’un de ses poèmes. Comment les enfants pouvaient-ils s’y retrouver ? « Que dire, à qui, que fallait-il ne pas dire et surtout à qui ? A qui faire attention, qui éviter. »

« Un sourire qui ne plaisait pas. Un voisin qui ne vous aimait pas et ça pouvait être votre tour, ou le tour du voisin (parfois les plus zélés étaient suspects aussi pour ça. Parfois même l’assiduité pouvait paraître suspecte) (…). Et la censure s’immisçait dans les moindres recoins de l’existence. Même les étiquettes des pots de confiture y étaient soumises ! »

De l’autre côté de l’océan, à la même époque, le Chili vit sous la dictature du général Pinochet… Autre vérité, mêmes pratiques : un jour un militaire se présente à l’école de Pedro pour inviter les élèves à participer à un concours de rédaction dont le sujet est : « Ce que fait ma famille le soir », un ballon de foot récompensera la meilleure…

(« La rédaction »  d’Antonio SKARMETA, illustré par Alfonso Ruano, publié chez Syros en 2003)

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