Le garçon talisman

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Le garçon talisman de Florence Aubry au Rouergue

Le garçon talisman est un roman à trois voix : celles d’Heinrich, de Joseph et de Val.

« Et si je restais là, jusqu’à en mourir, après tout ?
Parce que je ne suis pas parano ni rien, mais je sais bien qu’ils se rapprochent, chaque jour, et qu’ils finiront par m’avoir. La seule question que je peux me poser, c’est : est-ce qu’Ils me prendront en partie, ou est-ce qu’Ils me prendront en entier ? »

Heinrich est différent, pourquoi on ne le sait pas exactement.
Tout ce qu’on sait, c’est que son corps, ses membres, ses cheveux et ses organes sont pour certains synonymes de richesse .
Il est en fuite et attend un hypothétique départ vers un monde où il pourra vivre sous les yeux de tous sans mettre sa vie en danger.
Il va croiser la route de Val, dont la sœur se meurt et qui est prêt à tout pour la sauver, et de Joseph, un vieil homme qui se nourrit des souvenirs de sa vie passée pour supporter la tristesse et la solitude du quotidien.

Heinrich, pourtant endurci par la souffrance, rêve de sa mère :
« L’image a grandi en moi avec l’odeur des gâteaux en train de cuire dans le four.
Le bleu, le bleu de maman, ce n’était que le bleu de son tablier.
Elle m’aimait.
On ne fabrique pas des gâteaux pour quelqu’un qu’on n’aime pas. »

Pour Joseph, la vie s’est arrêtée après le suicide de sa femme, sa fille le rejette et il n’existe plus que par les miettes du temps qu’elle peut lui consacrer .
Alors il vend sa montre pour planter un décor : un repas raffiné, des cadeaux pour ses petites filles, une couche de peinture hâtivement passée pour redonner de la fraîcheur à la maison délabrée.
Sa solitude n’en est ensuite que plus intense.
« Il n’a pas eu le cran de la retenir, le cran de lui dire :
Tu me fais si mal, reste, reste un peu, regarde-moi avec douceur, prends ma main, propose moi d’aller marcher jusqu’à la croix, dans la douceur de ce début d’été.
Inquiète-toi pour moi.
Serre-moi fort, avant de monter dans ta voiture et promets-moi de revenir très vite. »

Val, lui, est certes guidé par l’amour qu’il porte à sa sœur, mais surtout par un intense sentiment de culpabilité qui le ronge et l’aveugle.

Ce sont des personnages extrêmement attachants, pris dans une violence qu’ils provoquent et subissent aussi : Joseph et Val sont les chasseurs, Heinrich un pitoyable gibier.

Nous sommes en 2012 et Florence Aubry pourrait nous proposer simplement un très bon roman fantastique avec un climat oppressant : des enfants porteurs d’on ne sait quelles malédictions sont parqués dans des ghettos pour les protéger des appétits mortels de certains éléments de la population.
Nous sommes en 2012 et Florence Aubry a écrit un roman sur des faits qui se déroulent en ce moment même, des faits qui nous sont contemporains, et c’est terrifiant.

A lire absolument !

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