La pouilleuse

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La pouilleuse de Clémentine Beauvais chez Sarbacane

Une journée banale dans la vie de lycéens banals, il fait gris, il fait triste ; Florian, Anne-Laure, Gonzague, Elise et David décident de sécher les cours.

Ils se baladent sans but et sans envie dans ce quartier cossu qu’ils connaissent par cœur, avec des chiens qu’on balade au bout de laisses griffées et parfois aussi, erreur de casting dans ces rues bourgeoises, des SDF.

« Ce quartier, c’est de pire en pire, a fait remarquer Gonzague.

C’est clair, a soupiré Anne-Laure. Ces clodos partout, c’est vraiment une horreur. »

Ils sont à la fois lisses et tourmentés, d’une vacuité inquiétante agitée par des éclairs de violence :

« Une môme est passée près de moi, et dans ses cheveux noirs, j’ai vu un pou gris clair qui se promenait.

Ils me débectent, ces nains, j’ai dit. »

Au cours de leur errance, ils croisent un groupe d’enfants qui se rend à la piscine, isolent une des fillette, Elikya, et l’enlèvent.

« Il a attrapé la gamine par l’écharpe, il l’a tournée vers lui vivement , comme un poisson qu’on harponne, et il lui a dit :

– Sale pouilleuse ! Tu sais que t’as des poux ?

Gonzague a rejoint la danse :

-Tu nous débectes avec tes parasites. Tu comprends ce que je te dis ? Tu parles la France? T’es sale. Tu captes ce que je dis ? »

Elikya va être emmenée dans l’appartement d’un des garçons et subir crescendo un déchaînement de violences.

Le groupe un peu bancal, un peu chaotique va se retrouver soudé par le sadisme et la lâcheté des uns et des autres.

Il y a les dominants : Florian , Gonzague et Anne-Laure.

Elise, elle, est une actrice silencieuse.

Le narrateur, David , est une pièce rapportée, il n’a de légitimité que celle que lui avait donné Mathieu en l’intégrant dans le groupe.

Mais Mathieu est mort dans un accident de scooter et on sent que son absence a fissuré le groupe.

Il n’y a, à aucun moment, de remise en cause de la situation – comme si enlever et torturer une enfant était un non évènement, un geste banal, sitôt accompli, sitôt oublié.

« Dans mon dos, Anne-Laure, Gonzague et Florian s’activaient.

– On va au bahut.

– Hein ? Pourquoi ? j’ai demandé…

– Faudrait quand même pas qu’on rate le dernier cours de la journée, a répondu Florian. »

Comme si on pouvait, sans honte ni inquiétude particulière, se reglisser dans la trame d’un quotidien chahuté quelques heures seulement par un incident sans gravité.

Il n’y a pas de processus de déshumanisation car dès le départ la réalité de l’existence d’Elykia en tant qu’être humain se heurte à leur indifférence et à leur mépris. Elykia n’est rien.

Ils sont au carrefour de tous les mépris et de tous les racismes.

C’est un roman effrayant et très dense, qui provoque et mérite la réflexion.

A lire absolument !

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