D’acier

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acier avallone

 D’acier de Silvia Avallone chez Liana Levi

Piombino, c’est une ville industrielle de Toscane enrichie, puis dévorée par une industrie métallurgique qui avait fixé un prolétariat ouvrier avide de lendemains qui chantent.

Mais maintenant Via Stalingrado, il y a des barres d’immeubles pour les « prolos », une plage alibi, l’amertume, la haine et la frustration qui mijotent sous un soleil de plomb.

« La mer et le mur des barres d’immeubles, le soleil brûlant de juin, c’était comme la vie et la mort qui s’insultent. Pas de doute:  vue de l’extérieur, pour ceux qui n’y habitaient pas, la via Stalingrado c’était une désolation. Pire:  la misère. »

Francesca et Anna, Anna et Francesca, les inséparables, les « amies pour la vie » dansent sur le sable, la tête pleine de rêves et de désirs informulés.

Un jour c’est sûr, comme on s’évade, elles franchiront le bras de mer vers l’île d’Elbe, tout près à années lumières :

« En face, à quatre kilomètres, les plages blanches de l’île d’Elbe brillaient comme un paradis impossible. Le royaume préservé des milanais, des allemands, des touristes à la peau satinée, en lunettes de soleil et Porsche Cayenne noire. »

Elles ont treize ans, elles sont belles, le savent mais devinent aussi que le triomphe sera bref : Via Stalingrado, il y a des femmes détruites.

« Elle avait trente-trois ans, des mains abîmées, elle s’était laissée aller après son mariage. Sa beauté méridionale s’était noyée dans les lessives, sur le périmètre de ce carrelage frotté jour après jour depuis dix ans. »

Des hommes rongés par l’amertume et le souvenir de ce qui aurait pu être :

« Les maris, s’ils n’étaient pas au travail, ne mettaient pas le nez dehors. Ils restaient là avachis, torse nu, ruisselants de sueur, à manier la télécommande. Pas pour écouter ces connards de la télé. Juste pour mater les bimbos, ces petites garces, le contraire absolu de leurs femmes. »

Francesca et Anna ont fait alliance contre toutes celles et ceux qui ne peuvent plus mimer la danse de la séduction sur la plage :  les « moches », les trop jeunes, les trop vieux…

Elles jouent un jeu pervers, entre séduction et répulsion, elles proposent puis se dérobent et s’égarent aussi.

La violence est là, à fleur de peau, dans le regard d’un père qui guette et désire, d’un frère qui surveille et imagine, d’une femme qui évalue et compare.

La communauté est désunie : il n’y a pas de solidarité, pas de projets qui feraient battre les cœurs à l’unisson. Il y a l’alcool et la drogue, les femmes qu’on frappe parce que c’est comme ça…

Il faut partir, il faut fuir pour sauver sa peau, pour laisser venir l’espoir, mais les chaînes sont solides et familières.

C’est un roman âpre et violent, sans concessions.

Remarquable…

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