Inventaire après rupture

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Inventaire après rupture de Daniel Handler chez Nathan

C’est un roman comptine à la Prévert.

Dans le carton il y a :

la capsule éraflée d’une bouteille de bière

Dans le carton il y a :

un ticket de cinéma fripé

Dans le carton il y a :

une photo de star oubliée

Dans le carton il y a :

une boîte d’allumettes vide

Dans le carton il y a :

une pellicule photo, un élastique à cheveux, un camion miniature…

Les dépouilles d’un amour défunt, calciné par le mensonge : l’amour de Minerva dite Min pour le beau cocapitaine de l’équipe de foot du lycée.

« …Et c’est alors que, sans crier gare, comme une chanson dont on a oublié qu’on l’avait incluse dans la playlist, tu as fait irruption chez Al et dans ma vie.

Je parie que tu fais ça dans toutes les soirées où tu vas, Ed, te frayer un chemin sans hâte, de place en place, saluant tout le monde au passage, les yeux rivés sur la destination suivante. »

A priori rien ne prédestinait Min, l’intello qui hante les salles de ciné « art et essai », à tomber amoureuse de Ed Slaterton, le garçon le plus populaire du lycée, la star des terrains de basket, dont la vie se résume à une suite ininterrompue de matchs, de fêtes alcoolisées et d’éphémères relations avec de frétillantes pom-pom girls.

Leur rencontre est une évidence inattendue…

« Et j’ai dit que oui, bien sûr, tu pouvais m’appeler pour qu’on aille voir peut-être un film ensemble le week-end prochain. Et tu sais quoi, Ed, le problème avec les désirs du cœur, c’est que le cœur ne sait même pas ce qu’il désire, jusqu’à ce que l’occasion se présente. Comme une cravate dans un vide grenier, perfection même au fond d’une caisse de nullités, tu étais là sans être annoncé, et à présent tu devenais mon seul désir, le cadeau absolu. »

Mais dès leur premier rendez-vous on sent que ça ne va pas être simple.

Minerva est une dingue de cinéma, de celle qui peut vous détailler l’arbre généalogique du metteur en scène, de l’actrice, et du chef opérateur en prime – alors que la sensibilité cinématographique de Ed est assez surprenante :

« Et puis un film comme celui de tout à l’heure… Si Trev savait que j’ai été voir un truc pareil, il se dirait… Je préfère pas savoir ce qu’il se dirait. Des films comme ça, ça fait un peu pédé... »

On se dit que le beau gosse est un peu bas de plafond et l’inévitable présentation officielle à la bande des meilleurs amis de Min, Al, Jordan et Lauren, le confirme : ce garçon est un désastre.

« Et sur ce, sous nos yeux hagards, tu as allongé le bras et attrapé le sac à main de Lauren.

Tu l’as ouvert et tu t’es mis à fouiller dedans.

Le seul être au monde, en dehors de Lauren, qui pourrait avoir le droit de fouiller dans ce sac, ce serait celui qui l’aurait trouvé morte dans un fossé et chercherait à l’identifier.

Lauren a murmuré ;

– Jésus Marie José

Et moi, au désespoir j’ai dit :

– Ils font ça avec ses potes . Ils partagent leurs sous comme ça.

– Ils font ça ? m’a reprise Lauren. Ils sont quoi, une espèce particulière ?

– Une variété de hyènes ?  »

Mais Minerva est amoureuse, lucide certes, mais amoureuse : elle va donc vaillamment supporter les matchs, les après-matchs, les ex-petites amies.

Et lui aussi fait des efforts, il est réellement séduit par cette fille pas comme les autres, entendons, pas comme les bécasses qu’il a l’habitude de fréquenter… Mais, mais, mais… Tout cela ne vas pas suffire !

« Quelle conne j’étais de me prendre pour ce que je n’étais pas, quelle pauvre naze de me figurer que trois brins d’herbe font une jolie vue, que se faire embrasser rend embrassable, qu’aimer le cinéma fait de vous un cinéaste, qu’un carton de petites merdes est un trésor, qu’un garçon qui vous sourit est sérieux, qu’un moment doux est une vie plus belle. »

C’est typiquement le roman du « premier amour et autres désastres », renouvelé par un découpage en chapitres illustrant à travers chaque objet-souvenir déposé dans une boîte (destinée à être jetée devant la porte du traître) un épisode de l’histoire.

Et si cette histoire est convenue avec un possible happy-end (le meilleur ami, Al amoureux transi attends en embuscade), la personnalité de l’héroïne rend le roman attachant et agréable à lire.

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