Hôtel Z

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« Hôtel Z s’ouvre sur une scène d’adieu : une petite fille et son frère quittent Vukovar pour les vacances d’été, laissant derrière eux leurs parents, le père de famille s’étant engagé pour défendre la ville, désormais tristement connue comme l’un des symboles de l’urbicide. C’était à l’été 1991 en Croatie. Pour les deux enfants, bientôt rejoints par leur mère, il s’en est suivi une vie erratique, fragilisée par d’humiliants ballottages et par une pénurie constante. Qu’en est-il dix ans plus tard de ces trois personnages qui peinent à combler l’absence du père, porté disparu, et à redonner un sens à leurs vies déracinées ? C’est la voix claire, presque chantante, de la fillette, attentive au moindre détail, qui nous confie avec verve des scènes improbables et des personnages singuliers. C’est encore cette voix insolente, prompte à rire de tout, qui défie le destin avec l’insouciance de la jeunesse et la gravité du moment. Roman de formation et hommage émouvant à celui qui n’est plus, Hôtel Z fascine surtout par la justesse de son ton qui transforme ce récit intime et intimiste en observation définitive sur toute une société en proie aux ravages de la guerre. » (texte de la 4ème de couverture – Actes Sud, 2012)

9782330012724

Ivana BODROZIC est née en 1982 et c’est un récit largement autobiographique qu’elle nous livre là. Quand son frère écrit, dans une lettre destinée à alerter le Président sur leur situation comme celle de la plupart des réfugiés :

« Je prends la liberté d’écrire au nom des autres enfants (pour ainsi dire, car nous avons dû devenir adultes à quinze ans, et encore plus tôt pour beaucoup d’entre nous).« 

c’est exactement ça. Cette lettre, suivie de plusieurs autres, restera lettre morte pendant près de dix ans. Dix ans qu’Ivana nous raconte sans pathos, avec même une certaine auto-dérision ; elle voudrait bien vivre, vivre comme n’importe quelle fille de son âge, sans être stigmatisée par son accent, ses vêtements, sa carte de « personne déplacée »…  et sans remords vis à vis de sa mère qui fait tout ce qu’elle peut pour ses deux enfants. Vivre un peu d’insouciance sans être critiquée en permanence par son frère, qui avait seize ans lorsqu’ils ont quitté Vukovar et qui, plus mûr, ressent très amèrement tout ce qui leur arrive.

En même temps, à travers les lettres, les événements, les disparitions comme celle, tragique, de Tonton Grgo qui « était le seul à être là pour nous, grâce à lui un petit morceau de papa restait vivant. Encore un de moins parmi les gens qui ont aimé papa. » , elle nous renseigne sur ces années de guerre en Croatie.

Il y a des chapitres plus légers, ceux dans lesquels elle raconte son enfance, les souvenirs avec son père, mais hélas :

« Ca en gênait certains, ça en gênait beaucoup de le voir marcher la tête haute avec sa jolie femme à travers la ville et de constater que tout le monde lui ouvrait sa porte. Mais ils vont prendre leur revanche. Eux, les fauves barbus qui ont tout observé terrés au fond de leur trous, au fond de leurs antres, en attendant leur heure. Eh bien maintenant tu vas payer !« 

Et elle imagine la mort de son père, dont elle ne saura rien, mais nous décrit ainsi l’exact massacre de Vukovar.

Après « Le journal de Zlata » pour la Bosnie, après « Pigeon vole » pour la Voïvodine – et dont j’ai parlé ici il y a quelques mois- , « Hôtel Z » donne à son tour quelques clefs pour comprendre ce qui s’est passé un peu partout en Yougoslavie après la mort de Tito.

Mais surtout, ces écrits montrent à quel point les enfants sont toujours victimes de ces conflits, qui les marqueront à jamais.

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