Rose afghane

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rose afghane

Rose afghane de Frank Andriat chez Mijade

Que connaissons-nous de l’Afghanistan ? Des paysages majestueux sous un ciel d’un bleu implacable, la délicatesse des minarets dont les mosaïques flamboient au soleil, et des noms aux goûts d’épices et de voyages : Kaboul, Kandahar, Pandchir, Kapissa.

Mais ces noms parlent de sang et de douleurs, et nous ne percevons de ce pays que ce que nous en livrent les journaux télévisés : des combats, avec leur cortège de « dommages collatéraux ».

Vague après vague, l’âme du pays est rongée par la violence : l’occupation Russe, les talibans, l’intervention américaine…

Les roses afghanes sont ces femmes qui subissent une double peine : celle de vivre dans un pays en guerre et celle d’être nées femmes.

Il y a six récits, chacun nous raconte l’histoire de l’une d’elles :

« Ma mère dit, avec des larmes dans la voix et dans les mains un tremblement ému, qu’avant la guerre, dans notre pays, régnait la joie. Elle me raconte qu’un rien suffisait pour faire fleurir une fête, des pigeons blancs, des cerfs-volants, de la musique et nous riions, Sabera, nous riions, tu ne peux pas savoir, c’était un pays de Cocagne, malgré le froid en hiver et en été les chaleurs lourdes.

Sabera, me dit-elle, à ton âge et sans peur, je courais sur l’esplanade de la grande mosquée bleue de Mazâr-e Sharîf. »

Mais qui de Sabera ou de Yasmina, de Najmah ou de Mariam peut courir libre, le visage offert au soleil, dans une ville aux mains de talibans ?

Condamnées à l’ignorance, mariées au gré du désir des hommes, leurs aspirations ont-elles une place dans une société cadenassée par l’intolérance ? Osent-elles seulement,  dans le silence de leur vie, rêver d’un autre sort ?

« A Kaboul, les femmes dissimulent les coups qu’elles reçoivent sous le tissu bleu de leur burqa. Lèvres tuméfiées, yeux au beurre noir ou joues gonflées et violettes. La burqa, c’est pratique : tu peux sortir faire les courses avec une gueule de martyre ! C’est le vieil Hamid qui nous a dit ça en riant. Hamid n’aimait pas les talibans… »

Être une femme en Afghanistan, c’est être emmurée, enfermée à jamais dans un réseau complexe d’interdits édictés par de « vertueux » pervers.

Ont-ils oublié qu’ils sont sortis du ventre d’une femme ? Ont-ils si peu confiance en leur virilité qu’ils ne supportent pas la vue d’une jeune fille et l’obligent à disparaître sous une prison de toile ?

Devant tant de violences et si peu d’espoirs, il y a bien sûr la fuite et l’exil, mais aussi la tentation du terrorisme et la mort.

« Abdul et ses copains m’ont insultée sur le marché ; j’ai fait semblant de ne pas les entendre et j’ai poursuivi mon chemin. J’avais pourtant le cœur chaviré ; c’est à mon frère que je devais ces mots sales. A mon frère qui n’a pas prononcé un mot pour me défendre ! J’en veux aux étrangers : c’est pour réagir à leur présence dans notre pays qu’Anwar a choisi le camp des intégristes. »

Mariam à la fin du chapitre va – peut-être – choisir le terrorisme, mais qu’espère-t-elle en se rangeant à côté de ceux qui la nient ?

Frank Andriat nous dit n’être jamais allé en Afghanistan et pourtant, à travers les destins tourmentés de ses héroïnes, il nous fait découvrir le quotidien d’un peuple qui vit depuis des décennies dans la tourmente.

C’est un livre qui suscite la colère et l’incompréhension, mais l’auteur trouve aussi des mots d’enchantement :

« Mais il ajoute que tu es une reine Chirine-djân, une source ocre et limpide. Et il te demande de réapprendre à t’aimer : que tu saches que, même dans la ville grise, que même lorsqu’on te parle avec des pierres et qu’on te poignarde d’insultes, il y a toi, Chirine-djân, toi, fille du soleil, des sommets enneigés et des ruisseaux bondissants, toi, toi qu’on envie parce que tu es autre, accueillante comme une maison de thé après des kilomètres de poussière, fière comme un cerf-volant vainqueur, toi sur qui il suffit de poser les yeux pour comprendre que tu as le goût ensorceleur de l’Afghanistan qui parfume les rêves et qui fait naître sur les lèvres les plus beaux mots d’amour. »

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