Avoir 27 ans au Yemen

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Pedro RIERA est né à Barcelone en 1965, diplômé en Sciences de l’Information il part travailler en Bosnie-Herzégovine en 1997 où il  rencontre sa femme.

Celle-ci ayant l’opportunité de travailler une année à Sanaa (Yémen), ils s’y installent  en 2009 et sont rapidement sidérés par l’organisation de la société yéménite qui sépare totalement  les hommes et les femmes, confinant celles-ci dans un unique rôle de mère de famille.  Moins de 30% des jeunes filles accèdent à l’enseignement secondaire, ce qui empêche forcément les femmes de lutter efficacement pour leurs droits.

Intisar  est un personnage imaginaire créé par Pedro RIERA et Aliénor BENOIST après avoir réalisé une quarantaine d’entretiens auprès de femmes yéménites durant 9 mois. L’une d’entre elles, qui a rédigé le prologue du livre, nous dit :

« Ils auront beau essayer de me forcer à me soumettre, je n’en reste pas moins la petite-fille d’Arwa bint Ahmad, reine du Yémen [au XIIe siècle ], et la petite-fille de Balkis, reine de Saba. Ils auront beau s’efforcer de rabaisser mon existence, je n’en reste pas moins la fille d’une mère qui m’a appris à marcher la tête haute et le pas ferme. Je n’en reste pas moins toutes les femmes dont l’esprit est libre et dont les idées retentissent plus fort que n’importe quelle coutume ou tradition.« 

En 2011, Le prix Nobel de la paix a été attribué à trois femmes :  la Yéménite Tawakkol Karman ( première femme arabe à le recevoir)  qui a joué un rôle de premier plan dans le mouvement pour la liberté d’expression et les droits des femmes au Yémen, et deux Libériennes.

Mais revenons à Intisar.

« A l’âge de 6 ans, Intisar a soudain réalisé que les garçons pouvaient faire beaucoup plus de choses que les filles, et ça ne lui a pas plu du tout. Elle voulait avoir la même liberté qu’eux. Après avoir longuement retourné le problème, une idée lui est venue : si elle parlait comme un garçon, si elle marchait comme un garçon, bref, si elle faisait tout comme un garçon, elle finirait par devenir un garçon. Un plan qui a parfaitement fonctionné – jusqu’au moment de la puberté.

Intisar a maintenant 27 ans. Elle continue à recourir aux stratagèmes les plus variés pour gagner ces petits espaces de liberté qui lui permettent de se sentir bien.

Alors qu’elle roule sans but dans les rues de Sanaa, en écoutant de la musique au volant de sa Corolla 84, Intisar nous fait partager ses réflexions ou nous raconte des moments de sa vie. Ce sont des histoires surprenantes, drôles, émouvantes, parfois dramatiques, qui nous permettent de découvrir ce monde impénétrable des femmes du Yémen, tout en nous plongeant petit à petit dans la complexe réalité du pays. » (cf. quatrième de couverture – Editions Delcourt, 2012)

Intisar a une vie « privilégiée » :

« J’ai terminé le lycée avec les meilleures notes de ma promotion. J’aurais pu obtenir toutes les bourses que je voulais pour étudier à l’étranger. Mais mon père m’a interdit de faire la fac ailleurs. Je n’ai pas renoncé. (…) Ca m’a pris deux ans pour le persuader de me laisser faire mes études à Damas. (…) Mon père a fini par céder parce qu’il en a eu marre. Mais il m’a imposé deux conditions : je ne pouvais faire des études que pour devenir médecin ou professeur… – les deux seules professions respectables pour une femme au Yémen. L’autre condition, c’était que pour aller à Damas, je prenne l’avion à l’aéroport d’Aden, et pas à Sanaa. C’est à ce moment-là que j’ai compris que mon père, ça ne lui posait pas de problème que je fasse mes études à l’étranger. Ce qui l’inquiétait, c’était que les gens sachent que je faisais mes études à l’étranger. Son honneur ne dépendait pas de mon comportement, de mes choix ou de mes actes. Non, c’était entièrement lié au qu’en-dira-t-on. Pathétique : mon père m’avait fait perdre deux ans de ma vie uniquement parce que les gens pouvaient jaser. Bien entendu, j’ai pris l’avion à l’aéroport de Sanaa. »

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Et Intisar est devenue médecin, mais la vie n’est pour autant toute simple d’autant que son père continue à la lui « pourrir »…

Une BD intéressante, agréablement dessinée par Nacho CASANOVA qui ne s’est jamais rendu au Yémen, mais a travaillé d’après les très nombreuses photos et vidéos de Pedro et Aliénor.

Elle a obtenu pour 2013 le prix France Info de la bande dessinée d’actualité et de reportage.

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