Marcelino Truong : « Une si jolie petite guerre »

Par défaut

Qui fréquente les rayons jeunesse de la médiathèque a déjà rencontré les illustrations de Marcelino TRUONG.

Depuis 1983, Maryse Condé, Yaël Hassan, Jean-Hugues Malineau, Yves Pinguilly et bien d’autres auteurs ont eu un certain nombre de leurs livres illustrés par Marcelino TRUONG,  sur des sujets aussi variés que la guerre de 39-45 ou les mines de charbons, des histoires de l’Antiquité ou des contes asiatiques…

Cette fois, Marcelino Truong raconte et illustre sa propre vie, ou plus exactement un épisode de son enfance, lui qui est né en 1957 aux Philippines, d’une mère française et d’un père vietnamien. Il s’agit des années 1961 à 1963 et, pour qui a un vague souvenir des cours d’histoire internationale, c’est une période de transition au Vietnam coupé en deux à la suite des Accords de Genève, avec  le Nord dirigé par les communistes et leur leader Hô Chi Minh  et le Sud dirigé par l’empereur Bao Dai et son premier ministre Ngô Dinh Diêm.

Les Français ont quitté le pays en 1956 après cent ans de domination coloniale et la guerre d’Indochine (1946 à 1954), rappelez-vous l’exposition présentée en 2012 à la BFM : « Petite histoire des colonies françaises » d’Otto T  et Grégory Jarry.

Diêm va rapidement déposer l’empereur et gouverner la République du Vietnam de façon autoritaire avec ses frères nommés aux postes clés.

Lorsque s’ouvre   « Une si jolie petite guerre Saigon 1961-63 » de Marcelino TRUONG , publié en 2012 par Denoël Graphic, sa famille vit aux Etats-Unis :

« au 5004 Westport Road à Chevy Chase, paisible banlieue middle-class, digne d’une pub de Norman Rockwell.  L’ Amérique bien tranquille de Charlie Brown. Cherry pie, corner-shop et Coca-cola… »

02070485156

En janvier 1961, John F. Kennedy devient le 35ème président des Etats-Unis et, soucieux d’endiguer la progression du communisme en Asie, il lance l’opération « Beef-up » en envoyant armes et conseillers militaires à Saigon.

« Cela faisait trois ans que nous vivions à Washington et le rappel à Saigon de Papa, diplomate à l’ambassade de la République du Vietnam, sonnait le glas du rêve américain de Maman. Finis les pique-niques aux chutes du Potomac et les cerisiers en fleurs ! »

La famille Truong arrive donc à Saigon en juillet 1961 et est d’abord prise en charge par les grands-parents, lui instituteur, elle femme au foyer, et leur plus jeune fille, étudiante en philo.

« D’un tempérament débonnaire, Pépé de Saigon fit vite notre conquête. Bà Nôi [grand-mère paternelle] communiquait avec nous par le sentiment et la cuisine. Chaque jour, de nouveaux plats nous attendaient.  Avec eux, nous découvrîmes quelques plaisirs de Saigon : les glaces chez Givral, les livres de la librairie Portail. Le nouveau poste de Papa n’était pas encore précisé, mais le président Diêm le convoquait souvent au palais de l’Indépendance lorsqu’il avait besoin d’un interprète.« 

Marcelino et sa famille s’installeront ensuite en plein centre ville, au 6ème étage d’un immeuble où habitait un de leurs oncles. Puis Khanh, leur père, fut nommé directeur de l’Agence Vietnam-Presse. Sur la musique du tube de l’époque, « Mustapha » de Bob Azzam, Marcelino Truong fait la chronique illustrée à la fois rigoureuse des événements et  pleine d’humour de la vie de sa famille.  Famille mixte qui tente de vivre normalement, malgré les débuts de ce conflit qui deviendra l’une des guerres qui a le plus marqué la jeunesse occidentale des années 1970 : la guerre du Vietnam. Il nous parle aussi de cette maladie, qui empoisonne l’existence de sa mère et de fait, de toute la famille – le trouble bipolaire -, qui les amènera en 1963 à quitter Saigon pour Londres où son père alors est nommé conseiller à l’ambassade du Vietnam.

Un roman graphique très réussi, à la fois documenté et émouvant.

Publicités

Un petit commentaire ?

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s