Lampedusa

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Lampedusa de Maryline Desbiolles dans la collection médium de l’École des loisirs

Lampedusa est un nom qui chante aux oreilles, promesse de plages blondes et d’eaux transparentes, promesse, pour l’héroïne, de vacances idéales avec son père, sa mère et sa sœur. Mais Lampedusa va rester un mirage.

« C’était il y a si longtemps, c’était avant, avant l’été de l’année dernière.

C’était avant que mon père nous quitte, ma mère, ma sœur et moi.

C’était avant l’été où nous aurions dû aller tous les quatre à Lampedusa. »

Ces vacances avortées deviennent le symbole du deuil qui les frappe :

« C’était que nous avions été, mon père, ma mère, ma sœur et moi, quatre pêches serrées sur les marches du petit escalier qui menait au jardin, un jour de grand soleil…

C’était que nous avions été ces fruits, bien mûrs mais intouchés, pas menacés du tout, pas un instant menacés de flétrissure, abîmés d’aucune tache. »

Leur déménagement sonne le glas de cette douceur de vivre et fait de la narratrice une exilée.

Bien sûr il y a Madame Goiran, la voisine, qui va adoucir sa peine :

« Madame Goiran me dit : Il y a ceux qui ont perdu un proche, et les autres. Toi et moi savons quelque chose qu’ils ne savent pas encore. C’est aussi pour cela que nous sommes si bonnes camarades. »

Mais c’est une autre déracinée qui va l’ouvrir au monde : Fadoun.

« La première fois que je l’ai vu rire, c’était sous une invraisemblable pluie de printemps…

C’était l’heure de la récréation, et nous nous étions toutes réfugiées sous le préau. Tous sauf elle.

Elle n’était plus une des élèves du collège Bon-Voyage mais la déesse de la pluie.

Et nous, adultes et enfants du troupeau apeurés par l’orage,  la regardions en silence, et nul ne songeait plus à se moquer d’elle, de la petite fille noire qui avait débarqué quelques semaines plus tôt… »

Fadoun vient de Djibouti ; elle fait partie de ces vagues de migrants qui sillonnent la planète, chassés par la guerre, la faim, la misère, obsédés par un mirage : enfin se poser, enfin respirer, enfin vivre dans un de ces pays de cocagne, en Europe peut-être, mais l’espoir tourne court et leur vie se désagrège entre les camps de réfugiés, les centres de rétention, et le rejet encore et encore.

Nous avons peut-être croisé le regard d’une, de dix, de cent Fadoun, un soir pendant le journal télévisé qui nous montrait l’arraisonnement de bateaux au large de Lampedusa : des silhouettes hagardes se profilent dans la lumière des projecteurs, des hommes et des femmes titubent, souvent les enfants sont morts pendant la traversée…

Alors que la narratrice reste emmurée dans sa peine, Fadoun s’émerveille d’une averse, chante malgré tout, et instille l’espoir dans un récit sombre et poignant .

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