James ou Georges ?!

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Georges Smiley ou James Bond ??!!

La Taupe ou Skyfall ??!!

Gary Oldman ou Daniel Craig ??!!

james bond

« My name is Bond, James Bond » dit l’un, mais en revendiquant ce nom passe-partout, on sait toutes et tous qu’il fait un pied de nez à l’anonymat car qui ne connait pas le divin James ?

Il traverse le film, bondissant, vêtu de laine fine et de cashmere luxueux, s’adaptant sans un battement de cils à la conduite de bolides divers et variés, bateaux, voitures, motos, engins de chantier… Boit des cocktails raffinés, provoque des pics hormonaux incontrôlables, mais malgré tout ce déploiement de testostérone, nous savons nous spectatrices, qu’il est un homme soumis.

Car comment expliquer ces curieux sentiments qui le lient à M, monstrueuse image de mère castratrice ? Notre super héros viril devient en sa présence un ado tourmenté : ne me rejette pas, ne me remplace pas semble-t-il dire le regard humide. Ah James serais-tu du genre « toutes des gourgandines sauf M-aman »?

Et lorsque James affronte le flamboyant pervers Raoul Silva, on a l’impression qu’ils ne font que revendiquer l’un comme l’autre une place privilégiée dans le cœur de M… Mais elle n’a pas de cœur, justement, pauvres petits garçons torturés, elle peut sans un frémissement envoyer l’un de vous à la mort, rédiger d’un doigt alerte une magnifique notice nécrologique et tout aussi rapidement l’oublier !

Il faut dire que dans ce 23ème opus des aventures de James Bond, M fait preuve d’une cruauté tout à fait réjouissante, brûle tous ses vaisseaux comme si elle devinait son temps compté, et en effet Sam Mendes l’expédie dans une scène ébouriffante pendant laquelle Raoul lui propose la mort que souhaitent tous les amants, dans les bras l’un de l’autre, alors que James – qui attend son heure – sera celui qui recueille son dernier souffle tout en essuyant d’un geste viril les larmes égarées sur son visage figé par le chagrin. Oh James !

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Georges Smiley, lui, est un anonyme parmi les anonymes qui se fond aisément dans la foule des bureaucrates pressés à la sortie des bureaux : maître dans l’art de la dissimulation, du chantage, du double-jeu, il est l’un d’eux avec sa serviette fatiguée, son imperméable mastic, ses lunettes d’écailles.

Non il ne va pas monter dans une Aston martin argentée, ni nous faire le coup du parapluie bulgare, c’est un cérébral qui ne trempe pas ses mains soignées dans le sang des ressortissants de l’Union des Républiques Socialistes Soviétiques – car nous sommes à l’époque bénie de la guerre froide, à ce moment de l’histoire où les méchants sont clairement identifiés : ils sont tous derrière le rideau de fer.

Il a été remercié sans gloire, entraîné dans la chute de son mentor « Control » directeur des services secrets, vieillard acerbe miné par la vieillesse et le doute, qui est persuadé de la présence d’une taupe au sein de son service.

Il lance une opération improbable pour démasquer le traitre : opération qui va se solder par un désastre, décrédibiliser son service et précipiter son départ. Mais la taupe existe vraiment et c’est Georges qui va devoir la débusquer.

Le choix de Daniel Craig dans le rôle de Bond a marqué un coup d’arrêt à une production qui nous proposait film après film les aventures d’un homme sans passé, dont la seule particularité était une virilité sans défaillance. Déjà dans Casino Royale, ô surprise, James tombait amoureux, et même si la mort sanctionnait cette tentative d’humanisation, le masque s’était fissuré. Dans Skyfall, Sam Mendès lui offre une enfance, des parents, une demeure familiale. Une fois de plus la mort est passée par là et nous ne connaîtrons de ses géniteurs que des noms sur une pierre tombale… Mais comme le constate M avec sa compassion habituelle, les meilleurs agents sont des orphelins.

Pour la Taupe, adapté du roman du roman même nom de John Le Carré, le réalisateur Tomas Alfredson a choisi Gary Oldman. S’il est difficile de retrouver dans l’élégante silhouette de Gary Oldman le petit homme enveloppé et un peu effacé qu’est Smiley, l’acteur restitue parfaitement la solitude et le désespoir feutré qui habitent le personnage. George Smiley est l’anti héros par excellence. Il part tous les matins à son bureau rejoindre ses collègues, il est marié, il a une maison semblable à toutes les maisons du tranquille quartier qu’il habite : c’est un  citoyen lambda… Mais c’est aussi un agent du MI5. Y a-t-il meilleure couverture pour un espion que la banalité d’une vie bien rangée ? Smiley ne parcourt pas le monde, il tisse sa toile dans le halo de lumière de sa lampe de bureau. Tout le film cultive cette distorsion entre le métier qu’il a choisi , qui n’est que mensonge et dissimulation, et la normalité de sa vie quotidienne. C’est un univers sombre, désenchanté, qui  baigne dans une  étrange lumière sépia, comme une photo jaunie, seul vestige d’une époque révolue.

Alors, Georges ou James ?

Skyfall ou La Taupe ?

Les deux bien sûr  !

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