VIII

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henri VIII

VIII de Harriet Castor chez Hachette

« Ma famille est divisée en deux. Dans un camp il y a ma mère et moi, dans l’autre mon père, ma grand mère et mon grand frère Arthur. »

Un roi cruel, Henri VII, une reine aimante et protectrice, Élisabeth d’York, et deux princes pour une couronne, Arthur et Henri : bienvenue chez les Tudor.

Arthur est l’aîné à une époque où on ne badine pas avec le droit d’aînesse. Couvé par son père, il bénéficie de l’éducation réservée à celui qui va diriger l’Angleterre. Il a un mentor, le roi, des conseillers et une femme choisie par raison d’Etat, Catherine d’Aragon.

Henri, lui, n’est rien, son père le méprise :

« – Henri, tu es mon deuxième fils. A quoi sert le deuxième fils d’un roi ?

– Je ne sais pas, Majesté, bredouillé-je, dérouté.

La gifle que je reçois me fait chanceler.

– A quoi sert le deuxième fils d’un roi ? Répète-t-il, imperturbable.

Je ravale mes larmes.

– A assurer la succession au cas où le premier fils mourrait.

– Exactement. Tu ne sers à rien d’autre qu’à ça. Tu n’es qu’un second couteau. Une pièce de rechange. »

Sa grand-mère l’ignore :

« Elle a beau s’habiller comme une nonne, on n’oublie pas une seconde qu’elle est la mère du roi. Elle se tient si droite que l’on croirait le fil d’une épée, prêt à vous transpercer si vous l’approchez de trop près.

Je sais que je ne dois pas lui laisser voir combien elle m’effraie. Elle est comme mon père : si vous laissez paraître la moindre crainte, elle vous regardera avec le même dégoût qu’une viande infestée de vers. Un Tudor ne connaît pas la peur. »

Il doit être invisible, ne pas faire d’ombre à son aîné.

Mais Arthur meurt et Henri est propulsé sur le devant de la scène.

Il hérite à la fois de la couronne et de la femme de son frère, car Catherine n’est qu’un ventre et qu’importe si elle passe de l’un à l’autre.

Son rôle est de mettre des enfants au monde mais sa fécondité se doit d’être sélective : il lui faut avant tout des garçons et puis peut-être quelques filles que l’on échangera dans des jeux d’alliance complexes.

Est-ce une fiction? Est-ce une biographie ? Bien sûr nous ne saurons jamais si Henri VIII a vécu les moments d’intimité que lui prête l’auteur mais l’histoire est là pour authentifier la trame du récit.

Harriet Castor fait de Henri VIII un homme fou d’orgueil, hanté par un étrange fantôme…

« Le garçon est partout sur mon chemin désormais, où que j’aille.

Parfois, quand je regarde dans le miroir, je le vois se profiler derrière moi.

Je devine ses yeux à travers les miens.

Je franchis un portail: il est devant moi à m’attendre.

Je contemple les jardins à ma fenêtre : il se tapit dans l’ombre d’une haie… »

… Et taraudé par une obsession, ancrer la dynastie des Tudor avec un héritier mâle.

La recherche éperdue d’une femme qui lui donnera ce fils tant rêvé et les péripéties sanguinaires qui vont en découler lui permettront de servir, honneur douteux, de modèle à Charles Perrault pour son personnage de Barbe Bleue.

C’est un choix historique certes inhabituel mais Harriet Castor réussit à accrocher le lecteur.

 C’est absolument passionnant, à lire de toute urgence !

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