« Breaking the wall »

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Le roman commence comme un thriller (normal, il s’agit de la collection « Rat noir » chez Syros)… Un homme, simplement désigné par « il », guette une femme devant son immeuble, la suit et l’on comprend très vite qu’il compte la tuer en la poussant sous la rame de métro. On comprend également qu’il ne s’agit pas du geste gratuit d’un fou meurtrier.

Le métro arrive. Suspense…

Nous sommes à Berlin, le Mur n’est pas encore tombé. Deux hommes vivent là, chacun d’un côté du Mur : Markus, à Berlin-Est et Klaus à Berlin-Ouest. Apparemment rien ne lie ces deux personnages. Apparemment…

Au fil du récit extrêmement bien documenté de Claire GRATIAS, « Breaking the Wall » , nous allons entrer petit à petit dans le monde terrifiant d’un gouvernement paranoïaque qui a élevé un mur pour empêcher ses concitoyens de s’échapper du « meilleur des mondes » (!) qu’il a créé pour eux et non, comme il le prétend, pour les protéger de l’influence pernicieuse de l’Allemagne de l’Ouest et des pays européens sous influence américaine. C’est la période de la « guerre froide ».  L’Europe elle-même est coupée en deux et se voit avec angoisse coincée entre les deux super-puissances que sont les Etats-Unis d’Amérique et l’Union des Républiques socialistes soviétiques qui font la course aux armements nucléaires.

Depuis la fin de la Seconde guerre mondiale, Berlin est partagée en quatre secteurs, américain, anglais, français et soviétique, mais près de 2,7 millions de citoyens vont quitter Berlin-Est et la RDA, dont la moitié sont des jeunes de moins de 25 ans. Pour endiguer cette hémorragie qui ruine son économie, le gouvernement de la RDA décide l’édification d’un Mur qui sera réalisé en quelques semaines à partir du 13 août 1961.  A l’intérieur-même de Berlin le Mur s’étend sur 43,1 kilomètres. Sur son tracé, des immeubles seront évacués, entrées et fenêtres des rez-de-chaussée murées.

Entre 1961 et 1989, c’est plus de 100.000 personnes qui vont essayer de fuir la RDA en franchissant sa frontière et  plus de 600 d’entre eux seront abattus par les gardes-frontières, quant  à Berlin-Est, ce sont officiellement 136 fugitifs (certains disent beaucoup plus) qui trouveront la mort en essayant de franchir le Mur par tous les moyens, en sautant d’ immeubles limitrophes, en nageant à travers la Spree, en fonçant dans le Mur avec un véhicule, en creusant des tunnels, etc.

Pour ceux qui se faisaient prendre ou simplement leur famille ou leurs amis, c’était l’enfer de la Stasi (police politique de la RDA) :

« L’interrogatoire d’Anna Wolf, vingt ans, s’est étendu sur dix nuits. Six heures d’affilée à chaque fois, entre vingt-deux heures et quatre heures du matin. A Hohenschönhausen, les lumières s’éteignent à vingt-heures. On la laissait dormir deux heures, puis on venait chercher la détenue 932 pour la conduire en salle d’interrogatoire. On la ramenait à sa cellule deux heures avant que les lumières soient rallumées. Elle n’était pas autorisée à dormir dans la journée. Lorsqu’elle somnolait , un gardien qui l’observait par le judas se mettait à donner de grands coups de poing sur la porte et à crier pour la réveiller. Si elle s’endormait malgré tout, il entrait, la secouait et retirait son matelas. La privation de sommeil est une des méthodes les plus efficaces utilisées par la Stasi dans le cadre des techniques d’interrogatoire. Nul besoin de recourir à la torture : privez quelqu’un de sommeil et vous ferez de lui un véritable zombi prêt à avouer n’importe quoi. »

Puis c’est l’emprisonnement ou les travaux forcés.

Parallèlement, les citoyens sont constamment surveillés par les écoutes, les filatures, la censure de la correspondance, c’est le règne de la délation.

Nous découvrons tout cela à travers le livre de Claire GRATIAS et, petit à petit, les pièces du puzzle s’encastrent et nous comprenons enfin pourquoi « il » attend ce moment depuis dix-huit ans…

En sus de ce roman bouleversant, vous pouvez voir ou revoir le film de Florian Henckel von Donnersmarck : « La vie des autres »

(sorti en 2006).

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