Au bout du rêve

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Au bout du rêve de Sarah Dessen chez Pocket

C’est aujourd’hui l’anniversaire de Catlin : elle a 16 ans et selon l’expression consacrée « tout pour être heureuse » : un père aimant bien que très occupé, une mère omniprésente et une sœur aînée, Cassandra.

Catlin cultive un discret vague à l’âme : comment s’affirmer face à une sœur si parfaite qui monopolise l’attention de ses parents ?

Mais la fête n’aura pas lieu. Cass, le modèle, la fille populaire et brillante dont l’avenir semblait tout tracé, s’enfuit pour rejoindre le garçon qu’elle aime.

Ce départ va laisser Catlin seule, désemparée, face à des parents aveugles à tout ce qui n’est pas la recherche de leur fille aînée.

Meurtrie, persuadée qu’elle n’est que le pâle reflet de sa sœur, Catlin va essayer de s’affranchir de sa réputation de petite fille sage et obéissante et imposer sa propre personnalité.

Au cours d’une soirée, elle rencontre Matthew Biscoe dont l’attitude trouble l’attire.

« Matthew Biscoe ne ressemblait pas à Bill Skerrit et aux autres mecs du lycée, Matthew ne ressemblait à personne. »

Elle tombe amoureuse et se soumet peu à peu à des exigences qui l’isolent de ses amis.

« Quelque part, les sorties programmées « ciné-restau-minigolf  » me manquaient un peu. Mais avec Matthew, ça se passait comme ça, un point c’est tout. Il ne tenait pas en place, d’ailleurs, il avait son business à assurer. J’avais fait mon choix. J’étais contente d’être toujours sur la route avec Matthew un peu défoncé et sa main sur mon genou. C’était bien. Oui, vraiment bien. »

Elle est à la fois trop amoureuse pour s’opposer à lui mais terriblement lucide quant à la réalité de leur histoire.

« Avec lui, j’étais une autre. Ni Cass, ni moi. Et je m’inspirais de son côté obscur pour remplir mes frustrations et mes vides dus à mes places d’éternelle seconde. »

Et puis l’impensable arrive :

« Je n’ai pas vu venir le coup. Son geste fut rapide et donc très flou : une espèce de flash que je repérai seulement du coin de l’oeil. Au moment où sa main s’abattit sur ma joue, je crus que mon visage explosait, brûlé à vif. »

La violence devient quotidienne et un compromis sordide s’installe entre le bourreau et sa victime :

« Depuis la soirée où j’avais expliqué à mes parents que j’avais dérapé sur une « plaque de verglas » s’était formé entre Matthew et moi un accord tacite : il me frappait seulement aux endroits faciles à cacher, sur les bras, les jambes et les épaules. Je ne portais plus que des T-shirts à manches longues, de gros pulls à col roulé, mais au moins mon visage était épargné. »

Roman étonnant, non par le thème abordé, les violences faites aux femmes, mais par l’âge des protagonistes.

La perversité de cette relation est clairement analysée : Il y a la sidération, l’héroïne se demande même si elle n’a pas rêvé la scène ; la culpabilité – n’est-elle pas responsable de ce qui s’est passé ? – la honte et la peur qui l’anesthésie et la prive à la fois de l’énergie nécessaire à la rébellion et des mots qui pourraient la sauver.

L’intérêt de ce récit vient également de la personnalité de Catlin ; Sarah Dessen casse les codes de ce genre de fait divers : non, nous ne sommes pas dans un milieu criminogène (pour celles ou ceux qui pensent que la maltraitance est l’apanage des classes défavorisées), Catlin est une fille éduquée, entourée, aimée.  Alors pourquoi ? Et c’est ce qui fait aussi l’intérêt de ce roman : les questionnements qu’il suscite.

 

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