La nuit a dévoré le monde

Par défaut

la-nuit-a-devore-le-monde-de-pit-agarmen-921818237_ML

La nuit a dévoré le monde de Pit Agarmen chez Laffont

Antoine, jeune écrivain d’une littérature que l’on qualifie au choix de littérature à l’eau de rose voire de littérature de gare, a passé une soirée morose chez Stella, une amie dont il est vaguement amoureux.

Soirée morose car Antoine est inadapté aux relations amoureuses, amicales, professionnelles, inadapté au monde en général.

Il a bu, trop, a sombré dans un sommeil alcoolisé, et lorsqu’il se réveille le monde a sombré dans le chaos.

« On avait lutté dans le salon, la cuisine et le couloir. J’apercevais l’entrée de la salle de bains, et le carrelage était rouge. De sanglantes empreintes de doigts et de mains couvraient les murs du salon et les portes, les affiches, les touches blanches du piano, les objets d’art, les livres, comme l’œuvre d’un décorateur sous LSD. Il y avait des cheveux mélangés au sang et, me semblait-il, des morceaux de peau et de chair. Des couteaux traînaient au sol, des verres cassés, des bouteilles brisées qui avaient servi d’armes. Pour attaquer ? Se défendre ? »

Passées les premières minutes d’incompréhension, de sidération et d’effroi : que s’est-il passé ? Qui a fait ça ? Et le recours rassurant au rationnel : où est la police ? Le héros a le réflexe banal d’ouvrir la fenêtre.

« C’est alors que j’ai compris que le double vitrage et ma surdité temporaire m’avaient protégé de la véritable horreur. Sirènes, klaxons, hurlements, coups de feu. Et des cris de terreur qui déchiraient l’air.

Je suis allé sur le balcon avec précaution. Des gens couraient. Le boulevard Clichy était plein de voitures accidentées. Entre ces voitures, des hommes mangeaient d’autres hommes. Ils leur arrachaient des bouts de chair avec les dents, ils les démembraient et plongeaient leurs doigts dans les entrailles. Ils les dévoraient. »

Antoine est un misanthrope, il n’a pas trouvé sa place dans la société parce que cette société lui déplaît, mais à la fois blessé et nonchalant il s’est laissé englué dans une morosité quotidienne. Curieusement ce déchaînement de bestialité, avec l’humanité qui largue les amarres, le voisin, l’ami qui sont devenus des machines à tuer, va le conforter dans son rejet des autres : oui, il avait raison, voilà ce que sont les hommes, leur terrible orgueil les a perdus.

« Dorénavant, nous savons que nous ne sommes plus qu’une espèce en danger, reléguée dans des terriers. Nous avons été expulsés de la place que nous croyions occuper et qui nous rendait si arrogants. C’est un changement métaphysique. J’habite une contrée nouvelle dans laquelle l’homme n’est plus qu’un point à la marge. Une survivance. »

Il doit survivre, se nourrir, se protéger.

Lui qui a toujours été un spectateur de la vie des autres va partir à la découverte des appartements voisins, s’introduire dans la vie de ceux qu’il ne faisait que croiser dans l’escalier.

Il n’a plus à se conformer aux codes qui régissent la société : le monde est à lui.

« J’ai commencé à abattre des zombies dès le premier jour de l’épidémie…

Les tuer est simple : il faut leur tirer dans la tête. C’est un art que je rêvais de pratiquer depuis longtemps. Réaliser ce désir n’est pas un maigre contentement, je l’avoue. Ce n’est pas la fête foraine : c’est mieux. »

Antoine était un homme qu’on remarquait à peine, il devient un héros unique, un survivant.

Il noue une étrange relation avec ceux qui l’assiègent : partagé entre fascination et répulsion il les scrute, les étudie, essaie de découvrir en certains une étincelle d’humanité.

« Richard et Catia passent de plus en plus de temps ensemble. Chaque fois qu’ils se frôlent en marchant sur le boulevard, je ne peux m’empêcher d’avoir le cœur qui bat plus vite. Je leur invente une vie passée, des fâcheries. Vont-ils se réconcilier? Ces deux zombies sont fait pour être ensemble. »

Un livre curieux qui mêle le grand spectacle façon World War Z à une analyse plus fine de la place de l’homme dans cet univers qu’il a voulu façonner à son image, de son aptitude à survivre et aussi de son inhumanité profonde !

Le héros est détestable (c’est une opinion toute personnelle qui n’enlève rien à la qualité du livre) : enfin ce monde dans lequel il se sentait si mal est détruit, cette destruction étant le prélude à sa propre renaissance. Enfin il retrouve l’inspiration et sur son balcon surplombant cette humanité dégénérée il se remet à écrire pour les ménagères de moins de cinquante ans (celles-ci ayant été probablement toutes dévorées !).

A part cette antipathie spontanée j’ai vraiment beaucoup aimé ce roman, à lire donc avec de délicieux frissons de terreur !

Publicités

Un petit commentaire ?

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s