« Le bleu des abeilles »

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« La narratrice a une dizaine d’années lorsqu’elle parvient à quitter l’Argentine pour rejoindre sa mère, opposante à la dictature réfugiée en France. Son père est en prison à La Plata. Elle s’attend à découvrir Paris, la tour Eiffel et les quais de Seine qui égayaient ses cours de français. Mais Le Blanc-Mesnil, où elle atterrit, ressemble assez peu à l’image qu’elle s’était faite de son pays d’accueil.
Comme dans son premier livre, Manèges, Laura Alcoba décrit une réalité très dure avec le regard et la voix d’une enfant éblouie. La vie d’écolière, la découverte de la neige, la correspondance avec le père emprisonné, l’existence quotidienne dans la banlieue, l’apprentissage émerveillé de la langue française forment une chronique acidulée, joyeuse, profondément touchante. » (4ème de couverture – Gallimard, 2013)

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Ce titre énigmatique est éclairci à la vingt-cinquième page du livre : « Le bleu est la couleur préférée des abeilles » . Et Laura ALCOBA de nous raconter qu’à son départ de l’Argentine pour la France, son père – resté en prison pour faits de guerilla contre la junte au pouvoir – lui a demandé deux choses. La première, c’est de lui écrire chaque semaine afin que « sur le papier, nous menions une sorte de conversation » et la seconde, c’est de lire certains livres en même temps que lui :

« C’est lui qui en a eu l’idée. En prison, il lit beaucoup, d’abord les livres auxquels il a droit tous les mois, mais il enchaîne souvent sur ceux des autres prisonniers car ils ont trouvé le moyen de les faire circuler. C’est ma grand-mère qui me l’a raconté. Alors comme mon père sait que j’aime la lecture, il s’est dit qu’on pouvait lire certains livres en même temps. Lui, il le fait en espagnol – le règlement de la prison lui interdit de lire dans une autre langue – tandis que moi, au Blanc-Mesnil, je lis, en français, un des livres qui se trouvent dans sa cellule. Ça nous fait des sujets de conversation pour nos lettres hebdomadaires – et par la même occasion j’avance dans mon apprentissage de la langue française.
J’ai parfois du mal à trouver les livres qu’il veut que je lise, comme cette « Vie des abeilles » de Maurice Maeterlinck que j’ai réclamé dès mon arrivée en France et durant près d’un mois avant que ma mère n’en déniche un exemplaire d’occasion chez Joseph Gibert, à Paris, dans le vrai Quartier latin. Un volume tout vieilli et complètement desséché – tellement sec que de minuscules petits bouts de papier s’en détachent pour rester sur mes doigts si j’en tourne trop rapidement les pages – mais dont le texte a bien l’air de correspondre mot pour mot à celui que mon père a entre les mains dans la prison de La Plata. »

Au fil des lettres, il lui demandera une troisième chose : une photo. La cinquième photo à laquelle il a droit dans sa cellule. Mais attention, il faut qu’elle corresponde à certaines règles édictées par la direction de la prison et cette photo autorisée de sa mère et elle, cette photo qu’elle voudrait « idéale », elle n’arrive pas à l’envoyer…

Il faudra une circonstance particulière, que je vous laisse découvrir, pour qu’elle réussisse enfin à la glisser dans l’enveloppe.

En attendant, la jeune narratrice nous décrit sa vie « d’enfant réfugiée » au Blanc-Mesnil, les copains qu’elle se fait, d’abord Espagnols ou Portugais avant d’avoir enfin des copines françaises au fur et à mesure qu’elle maîtrise mieux la langue. Ah ! La langue :

« Les e muets me fascinent depuis le début. Je les ai aimés dès les premiers cours de Noémie, à La Plata, dès que mon professeur de français m’a fait découvrir le premier d’entre eux, celui qu’elle cachait au bout de son prénom. Une voyelle muette ! Quand on ne connaît que l’espagnol, on ne peut imaginer que de telles choses existent – une voyelle qui est là mais qui se tait, ça alors ! »

Elle nous parle de la bibliothèque, de la cantine, de son copain Luis en butte à un odieux petit voisin, de la fois où d’autres réfugiés sont venus les voir et et ont égrené les noms de tous ceux qui sont encore en prison, les disparus, les morts, tandis qu’elle tentait de tricoter une écharpe au point mousse…

Et puis toujours cette correspondance hebdomadaire avec son père grâce à laquelle nous pouvons lire aujourd’hui ce livre touchant et léger à la fois.

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