« N’entre pas dans mon âme avec tes chaussures »

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« Autour du feu, les hommes du clan ont le regard sombre en ce printemps 1940. Un décret interdit la libre circulation des nomades et les roulottes sont à l’arrêt. En temps de guerre, les Manouches sont considérés comme dangereux. D’ailleurs, la Kommandantur d’Angoulême va bientôt exiger que tous ceux de Charente soient rassemblés dans le camp des Alliers.  Alba y entre avec les siens dans l’insouciance de l’enfance. À quatorze ans, elle est loin d’imaginer qu’elle passera là six longues années, rythmées par l’appel du matin, la soupe bleue à force d’être claire, le retour des hommes après leur journée de travail… C’est dans ce temps suspendu, loin des forêts et des chevaux, qu’elle deviendra femme au milieu de la folie des hommes.
N’entre pas dans mon âme avec tes chaussures, dit le proverbe: on n’entre pas impunément chez les Tsiganes, ni dans leur présent ni dans leur mémoire… Mais c’est d’un pas léger que Paola Pigani y pénètre. Et d’une voix libre et juste, elle fait revivre leur parole, leur douleur et leur fierté. » (cf. site éditeur : Liana Lévi, 2013)

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Une histoire qui nous concerne aussi du fait de l’existence de camps d’internement en Haute-Vienne, à Saint-Germain-les-Belles, Nexon et Saint-Paul-d’Eyjeaux.

Des camps qui virent passer des internés politiques, puis des étrangers « indésirables » comme les républicains espagnols et des antifascistes allemands ou autrichiens, des Juifs et également des Tsiganes. Des livres existent sur ces camps, un film , mais le livre de Paola PIGANI est original en cela qu’il est écrit comme un roman et raconte comment Alba son héroïne, une jeune Manouche, va vivre au camp six années de son adolescence.

Une adolescence qu’elle aurait dû vivre libre, saison après saison :

« Alba se souvient de son dernier bain dans les marais avec sa mère. D’abord elles s’étaient déshabillées, avaient lavé tous leurs vêtements, les avaient essorés,  toutes les deux nues et tordues de rire, avant de les étendre au soleil sur l’herbe chaude. Alba avait pris la main de Maria, l’avait guidée sur la rive caillouteuse. Chaque arête sous la plante des pieds leur arrachait un petit cri mais elles riaient de plus belle. Puis elles avaient plongé leurs corps savonneux dans l’eau fraîche. Recouverts de mousse blanche, leurs bras et leurs cheveux avaient crevé l’étoffe verte du marais. Parées de lentilles d’eau et d’écume, mère et fille s’étaient laissé bercer par des dieux invisibles. Elles étaient revenues saoules de soleil, les cheveux encore trempés. Un parfum d’herbe coupée et de joie pure les avaient suivies jusqu’au soir. »

Alors qu’elle la vivra confinée dans une baraque avec sa famille et d’autres Manouches, entourés de palissades, sans le cercle du feu, bientôt sans musique, moins bruyants, moins vivants, suspects aux yeux de (presque) tous.

« Le camp s’étend entre des flaques, des allées informes. Les toits sont recouverts de plaques d’éverite ou de papier goudronné. Par les portes ouvertes, on voit les vieux lits militaires disloqués, les châlits de bois où pendouillent toutes sortes de choses, des vêtements, un accordéon, un collier d’oignon. Quelques montures sont attachées derrière les baraques, des ânes, des baudets pour tirer les carrioles. Des enfants leurs apportent des poignées d’herbe, des orties arrachées le long des palissades. »

« L’hiver se poursuit long comme la peine. La peine de n’être plus que l’ombre d’un peuple. On ne court plus après les nuages. On court après le pain qui manque, on se gratte la peau. L’impétigo, le typhus, la gale, les maladies de langueur rôdent tout autour. On ronge les os qui trempent dans la soupe bleue. La vie même a perdu toute sa chair. Et c’est le temps qui devient sec et osseux.« 

Paola PIGANI n’a pas connu l’Alba de ces années-là, mais elle a croisé, beaucoup plus tard,  la route d’Alexienne Winterstein.

Alba / Alexienne avait rencontré son futur mari au camp, où  il était arrivé un jour de Limoges avec son petit frère. Plus tard  il l’avait enlevée, comme ça se fait chez les Tsiganes quand on ne marie pas d’office les très jeunes filles, à la barbe des SS et des gendarmes français… Ils ont eu des enfants dont certain(e)s se sont mariés avec des gadjé.

« La vieille Manouche enroule les morts dans un très doux monologue avant de revenir aux vivants, aux centaines de photos rangées dans quatre ou cinq albums. Une étrange dynastie défile alors de manière totalement anachronique (…). J’écris sur des silences, sur un lieu qui n’existe plus. Alexienne devient Alba et j’entre dans une autre âme à pieds nus.« 

« Le 26 septembre, Philippe Lavaud, maire d’Angoulême remettait à Alexienne Winterstein, par l’intermédiaire de sa petite fille, la médaille de citoyenne d’honneur de la Ville d’Angoulême comme le rapporte le journal Sud-ouest. Un tel évènement est rare et L’Alpha s’est interrogé sur les raisons de cette nomination. Il s’avère qu’Alexienne, aujourd’hui âgée de 88 ans, a vécu entre 1940 et 1946 dans le camp d’internement des Alliers à Angoulême et que son histoire est racontée dans un roman fort intéressant et particulièrement bien documenté, écrit par Paola Pigani.  N’entre pas dans mon âme avec tes chaussures nous décrit le quotidien d’Alba, petite manouche de quatorze ans, et de sa famille, internée dans des conditions particulièrement difficiles. » (cf. L’Alpha – Médiathèque du Grand Angoulême)

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