La voleuse de livres

Par défaut

voleuse 2

La voleuse de livres de Markus Zusak chez Pocket

« On ne pouvait pas le laisser comme ça sur le sol. Pour le moment, ce n’était pas un problème, mais bientôt la voie serait dégagée et le train devrait avancer.

Il y avait deux gardes.

Il y avait une mère et sa fille.

Et un cadavre.

La mère, la fille et le cadavre restaient là, têtus et silencieux. »

La mère va disparaître dans le chaos de la guerre.

Le cadavre est celui de Werner, mort d’épuisement dans le train qui l’amène avec sa sœur dans la banlieue de Munich à Molching, dans une famille d’accueil.

Et la fille est Liesel Meminger, qui va commencer sa carrière de voleuse de livres le jour de l’enterrement de son frère, en dérobant au fossoyeur son manuel « Un guide en douze étapes pour réussir dans le métier, une publication de l’Association bavaroise des cimetières ».

C’est la mort qui nous présente Liesel Meminger et c’est elle qui va nous raconter son histoire.

Curieuse narratrice que la faucheuse, à la fois lasse, cynique, et pleine d’humour et de tendresse au moment ultime où vient chercher une âme.

Elle va croiser le chemin de Liesel trois fois : en venant chercher l’âme de Werner, puis des années après celle d’un jeune pilote qui va mourir un sourire sur les lèvres grâce à un petit nounours tout râpé posé sur son cœur, et une dernière fois rue Himmel, quand le le ciel va s’embraser et détruire le monde de la voleuse de livres.

Liesel Meminger a neuf ans et a déjà tout perdu lorsqu’elle arrive dans sa famille d’accueil : Hans Hubermann est peintre en bâtiment et à l’occasion, accordéoniste,  Rosa sa femme est blanchisseuse.

Elle va découvrir Molching ; la femme du maire recluse dans sa grande maison, Frau Holtzapfel la voisine acariâtre qui crache sur la porte des Hubermann et le petit Tommy Muller avec ses problèmes d’oreilles, Frau Diller et son portrait du Fuhrer, Pfiffikus et ses jurons, et Rudy Steiner.

Rudy Steiner est le garçon qui, une nuit de 1936, barbouillé de charbon, a couru jusqu’à perdre haleine dans le stade de Molching en hommage à Jesse Owens.

« Fiston, tu ne peux pas te balader barbouillé de noir, tu m’entends? 

– Pourquoi non, papa?

– Parce qu’on t’emmènera.

– Pourquoi?

– Parce que tu ne dois pas vouloir être comme comme les noirs, les juifs ou les gens qui… ne sont pas nous.

Ils avancèrent quelques minutes en silence, puis Rudy déclara:  » J’aimerais ressembler à Jesse Owens, papa. »

Cette fois, son père lui posa la main sur la tête. « Je sais fiston, mais tu as de beaux cheveux blonds et de grands yeux bleus de la bonne couleur. Tu n’as pas à t’en plaindre. C’est clair ?« .

Leur rencontre était une évidence, ils vont devenir inséparables.

Liesel ne sait pas lire. Pour elle, l’école est une épreuve et un défi, et une fois de plus c’est Hans Hubermann qui va l’aider.

Avec beaucoup d’amour et d’ingéniosité il va lui apprendre l’alphabet et lire  des nuits entières avec elle.

« La classe de minuit se poursuivit. Au cours des semaines suivantes et jusqu’au début de l’été, elle commença à la fin de chaque cauchemar. A deux reprises encore, Liesel mouilla son lit, mais Hans Hubermann changea tranquillement les draps et reprit sa lecture, ses croquis et sa récitation. Aux petites heures de la matinée, leurs voix discrètes résonnaient. »

A travers les livres le monde s’ouvre à elle… Mais comment alimenter cette passion, alors que la misère s’est installée rue Himmel ?

Liesel Meminger va devenir une voleuse de livres.

« Je dois toutefois reconnaître qu’il y a eu un hiatus considérable entre le premier livre volé et le deuxième.

Autre point intéressant : le premier fut ramassé dans la neige, le deuxième dans le feu. Et d’autres lui furent offerts. En tout, elle eut quatorze livres, mais dix comptèrent surtout à ses yeux. Sur ces dix, six furent volés, un autre apparut sur la table de la cuisine, deux furent réalisés à son intention par un juif caché et un autre enfin arriva par une douce après-midi vêtue de jaune. »

Voilà. Ils sont tous là. Hans et Rosa Hubermann, Liesel et Rudy.

Puis un soir de novembre, Max arrive.

 » En novembre 1940, lorsque Max Vandenburg arriva dans la cuisine du 33, rue Himmel, il était âgé de vingt-quatre ans. Il semblait ployer sous le poids de ses vêtements et sa fatigue était si grande qu’un rien aurait pu le faire s’effondrer. Il se tenait tout tremblant dans l’encadrement de la porte.

« Vous jouez toujours de l’accordéon ? »

Bien sûr, il fallait comprendre: «  Vous êtes toujours disposé à m’aider ? »

Le papa de Liesel alla jusqu’à la porte d’entrée et l’ouvrit. Avec précaution, il regarda à gauche, puis à droite et revint.

Verdict : rien.

Max Vandenburg, le juif, ferma les yeux et s’abandonna un peu plus au sentiment de sécurité. L’idée en elle-même était grotesque , et pourtant il la laissa s’installer. »

 Max est le fils d’Erik Vandenburg, qu’Hans a rencontré sur le front en France pendant la Première guerre mondiale.

C’est Erik qui lui a appris à jouer de l’accordéon et c’est tout ce qui est resté de lui après sa mort : un accordéon que Hans a rapporté à sa veuve. Ce jour-là il a fait une promesse : si elle avait besoin de lui, il serait là. Erik était juif.

C’est un roman qui nous parle de la guerre ; pas celle des héros qui finiront la poitrine bardée de médailles ou dont les noms apparaîtront sur les stèles commémoratives. C’est la guerre des anonymes, ces héros du quotidien comme Hans et Rosa qui, par des actes modestes, ont au jour le jour sauvé des milliers de vie. Pour eux, venir en aide à Max est une évidence ; il n’y a pas d’hésitation, pas de tergiversations. Ils savent pourtant qu’ils mettent en danger la vie de toute la famille, mais leur action découle naturellement de leur profonde humanité.

C’est également un roman d’amour : les liens entre les différents personnages sont si denses que, malgré la guerre et malgré leur destin, on garde une impression de bonheur de vivre.

On sait une fois le livre terminé que les personnages ne nous quitteront plus.

J’ai adoré.

A lire absolument.

 

Publicités

Un petit commentaire ?

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s