« Les pieds bandés »

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LI KUNWU dont nous avons déjà lu avec intérêt la trilogie « Une vie chinoise » a réalisé un one shot sur une pratique heureusement tombée en désuétude dans les années 1950 : le bandage des pieds des petites filles.

9782505016915-couv-I258x392(LI KUNWU  : Les pieds bandés – Kana, 2013)

« Ce récit raconte comment une jeune fille, Chun Xiou, est forcée de se bander les pieds suivant la tradition, et la torture que cela représente. Mais le calvaire ne s’arrête pas là, car avec la révolution elle va devoir supporter la pression d’une nouvelle société qui rejette toutes ses anciennes coutumes » (cf. résumé de l’éditeur)

LI KUNWU a bien connu Chunxiu qui fut sa nourrice et celle de sa soeur jusqu’à ce qu’un nouvel épisode de la  révolution, en 1966, les oblige à se séparer de cet « élément de la classe [sociale] opposée » après une brutale séance de dénonciation de leur père et de leur mère sommés de « confesser [leurs] crimes avec sincérité« .

Les nuits précédant son départ, Chunxiu leur raconte son histoire, une histoire qui la dépasse totalement. En effet, c’est à l’âge de six ou sept ans que ses pieds furent bandés par une amie de sa mère. Sa mère, d’une pauvre famille paysanne, était persuadée qu’elle offrait ainsi sa fille un avenir meilleur que le sien. Les petits « lotus d’or », ainsi appelait-on les pieds bandés qui ne dépassaient pas trois pouces (sept centimètres et demi…) étant extrêmement prisés.

– Cette mutilation permettait en fait de cloîtrer l’épouse à l’intérieur de la maison, du fait de la difficulté à marcher, sans compter la douleur des premières années -.

Malheureusement pour Chunxiu qui aurait effectivement pu prétendre à un beau mariage, la chute de la dynastie Qing et du vieux système féodal va sonner le glas de cette pratique. Les femmes aux pieds bandés sont recensées et doivent donner l’exemple. Et même si Chunxiu va se réfugier dans sa province, suffisamment éloignée pour ne pas être inquiétée, sa vie sera définitivement bouleversée.

Li Kunwu en profite pour dépeindre cette société en voie de disparition, restituant l’ambiance des marchés avec leurs spectacles d’opéras en plein air, les petits métiers, les jeux des enfants, les maisons de thé et les fumeries d’opium…  Il aborde rapidement ensuite les périodes dramatiques pour la Chine comme celles du « Grand bond en avant », puis la « Révolution culturelle », à retrouver plus en détail dans la trilogie « Une vie chinoise ».

« Les pieds bandés » , outre la description détaillée de cette coutume exclusivement chinoise,  incompréhensible, mutilante et uniquement destinée à soumettre la femme, est un hommage à cette vieille femme morte dans une solitude absolue après une vie des plus pathétiques.

Les Pieds Bandés, Li Kunwu

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