Robert Capa

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1937. La guerre civile espagnole fait rage, opposant républicains (rappelons que la Seconde République Espagnole avait été légalement instaurée en 1931) et rebelles nationalistes voire fascistes, partisans du général Franco (futur dictateur de l’Espagne jusqu’en 1975).

Des volontaires accourent d’une cinquantaine de pays pour soutenir les républicains et forment, entre autres, les Brigades Internationales aux côtés des forces armées loyales envers la République espagnole. Parmi ces volontaires étrangers des Brigades Internationales, du POUM ou de la Colonne Durruti, le Britannique Georges Orwell, la Française Simone Weil ou le Tchèque Artur London,  sont aussi célèbres que les journalistes reporters Ernest Hemingway ou Antoine de Saint-Exupéry.

Robert CAPA, lui, est d’origine hongroise, émigré à Paris en 1933 après avoir quitté tour à tour Berlin puis Vienne du fait de la montée des fascismes. A Paris il va rencontrer une jeune femme allemande antifasciste, Gerda TARO, qui deviendra sa compagne. Ils ont entre autres pour amis le jeune Henri Cartier-Bresson et un Polonais, David Seymour dit Chim. En 1947 d’ailleurs, ces photographes reporters, Robert Capa, Henri Cartier-Bresson, David Seymour et quelques autres fonderont  l’Agence Magnum Photos, coopérative photographique.

En 1936, Gerda Taro, photographe elle-même, et Robert Capa s’engagent auprès des républicains espagnols, armés de leurs seuls appareils photo.

« Lucien Vogel, antifasciste et grand pourvoyeur de la modernité photographique qui dirige le magazine Vu, a repéré le jeune photographe et affrété un avion de presse pour Barcelone. Capa, promu envoyé spécial de Vu, Leica à la main, arpente la ville. Pour Gerda, c’est un Rolleiflex. Petit ou moyen format, qu’importe puisqu’ils s’échangent leurs appareils. (…) Mais pour l’heure, le grand photoreporter c’est Chim, envoyé par Regards. Son nom barre la couverture du Magazine. Fin août, Vu publie un numéro spécial avec douze pages de photos de Chim, Namuth, Reisner, Vogel, Jacob et de « Cappa ». Les quelques images de Gerda Taro ne sont même pas créditées.

Dans l’après-midi du 5 septembre 1936, à Cerro Muriano, Capa prend sa photo la plus célèbre, celle du jeune milicien fauché par une balle. Bras ouverts sur la vie, l’homme s’écroule dans un champ, sur le chaume. Capa décleche. La photo est publiée dans Vu sous le titre « Comment ils sont tombés ». La légende militante exalte le sang bu par la terre natale. L’instantané provoquera une polémique dans les années soixante-dix. »

(Extrait de la préface de Françoise Denoyelle pour « Tristes Cendres »)

La bande dessinée « Tristes Cendres » de Mikel BEGONA et INAKET (édité par Cambourakis en 2011)

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leur rend hommage :

« Tristes Cendres rend hommage au grand reporter et photographe Robert Capa, et retrace son engagement aux cotés des républicains pendant la guerre civile espagnole.

L’action se situe de 1932 à 1940, entre Paris, Bilbao et Mexico : des années cruciales dans la vie de Capa, qui va accéder à la reconnaissance internationale au moment où l’Europe sombre dans le chaos. On découvre tout d’abord Capa à Paris, insouciant et amoureux de Gerda Taro, photographe elle aussi : tous deux partagent l’ambition de rendre compte des événements de leur temps au risque de leur vie. Ils fréquentent les milieux artistiques et intellectuels, sensibilisés à la lutte anti-fasciste. En 36, Gerda Taro part seule à Barcelone – elle trouvera la mort aux cours des combats en 1937 –, Capa rejoint lui aussi l’Espagne et couvre la bataille de Bilbao. Après la victoire de Franco, Capa gagnera le Mexique : il est devenu un photographe célèbre, mais son succès a un goût amer.

Au fil d’une conversation avec un ami, Capa plonge dans ses souvenirs et évoque de manière très vivante le contexte de l’époque. Le cadrage de certaines cases s’inspire de clichés célèbres du photographe. Le traitement en bichromie donne son dynamisme à ce passionnant roman graphique, qui plonge le lecteur au coeur d’une époque tourmentée et héroïque. » (Présentation de l’éditeur)

« Tristes cendres » est une bande dessinée un peu complexe, ni tout à fait documentaire, ni tout à fait biographie, mélangeant différentes périodes de la vie de Capa et différentes techniques comme des articles de journaux, des planches-contact ou des cartes… Le tout en un bleu et blanc assez inhabituel.

Ceci étant, elle m’a donné envie d’en savoir plus sur ces fameuses photos de Robert Capa, Gerda Taro et Chim qui avaient disparu juste après la guerre civile espagnole.

En effet, après la mort de Robert Capa en 1954, son frère Cornell qui conservait négatifs et tirages, tenta de retrouver les négatifs de la guerre d’Espagne. Malgré les nombreuses pistes explorées, ces négatifs semblaient s’être définitivement évanouis dans la nature, lorsqu’en 2007 quatre mille cinq cents négatifs lui furent retournés dans trois boîtes, connues sous le nom de « valise mexicaine ».

Les éditions Actes Sud ont édité en 2011 deux énormes volumes sur cette valise mexicaine, le premier volume en raconte l’histoire, le second volume montre les films.

« L’histoire de la photographie, à l’instar de l’histoire de l’art, est régulièrement parcourue d’événements inattendus qui la projettent soudainement sous les feux de l’actualité. L’annonce officielle, en 2008, de la redécouverte de la valise mexicaine de Robert Capa, dont la trace avait été perdue depuis 1939, a provoqué un engouement considérable dans l’univers du photoreportage et de la recherche historique.
L’existence de cette valise était connue ; Robert Capa l’avait mentionnée à plusieurs reprises dans ses écrits, et son frère, Cornell, fondateur de l’International Center of Photography (ICP), n’avait jamais cessé d’en poursuivre activement la recherche. Après plus de soixante-dix années de pérégrinations rocambolesques et de péripéties diverses, la “valise” (en fait, trois boîtes de rouleaux de pellicule, soigneusement classés) révélait son extraordinaire contenu : 4 500 négatifs d’images de la guerre civile espagnole, prises entre 1936 et 1939 par Gerda Taro – compagne de Capa tragiquement disparue en 1937 pendant la bataille de Brunete –, David Seymour dit Chim et Robert Capa. Une manne de documents, en très bon état de conservation et, pour une large part, totalement inédits, déployant le panorama détaillé d’un conflit qui a changé le cours de l’histoire européenne.
D’un exceptionnel intérêt documentaire, ces films et clichés racontent aussi l’histoire de trois célèbres photographes, totalement investis dans la cause républicaine et antifasciste, qui, au prix de risques considérables, ont jeté les bases de la photographie de guerre actuelle et donné ses lettres de noblesse au photoreportage engagé. » (Présentation de l’éditeur)

la-valise-mexicaine

Parmi les derniers clichés de la valise mexicaine figurent les images terribles des camps de concentration (c’est ainsi que les autorités françaises, elles-mêmes, les nomment en 1939) du sud de la France pour les républicains en exil : Argelès-sur-Mer, Le Barcarès, Bram et Montolieu.

En effet, avec l’avancée des troupes franquistes, des centaines de milliers d’Espagnols se jettent sur les routes pour échapper aux bombardements et à la répression, bientôt rejoints par les soldats de l’armée républicaine en déroute. Entre le 28 janvier et le 13 février 1939, ce sont 475 000 Espagnols, hommes, femmes et enfants, qui passeront la frontière française sous la neige, dans des conditions particulièrement éprouvantes. Cet exode, cette retraite (la Retirada) se fait alors que le gouvernement Daladier prévoit l’internement administratif des « étrangers indésirables », les familles vont être séparées, vieillards, femmes et enfants seront envoyés dans des centres d’hébergement dans 70 départements français. Les hommes, eux, sont parqués dans des camps d’internement indignes, sous des tentes ou des baraquements bâtis à même le sable des plages sus-citées.

Le reportage de Capa s’achève sur l’alignement de dizaines et dizaines de croix dans le cimetière du camp.

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