La vie blues

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La vie blues de Han Nolan chez Gallimard

 » Dans le plus vieux souvenir que j’ai, je me noie.  Je ferme les yeux et je sens que je m’enfonce dans toute cette eau qu’est si lourde, j’arrête pas d’agiter les jambes pour toucher le sable au fond mais y a que de l’eau qu’arrive sur moi et qui me recouvre, y a des murs d’eau immenses qui me font tomber, j’ai pus d’air,  j’ouvre la bouche,  j’avale plein d’eau salée et je m’étrangle,  l’eau remonte par mon nez et brûle dans ma tête,   je cherche encore mon air et tout ce que je pense : Maman va être en colère contre moi,  Maman va être en colère. « 

Mais maman Linda est loin, très loin les bras tatoués par les piqûres d’héroïne.

C’est chez Pete et Patsy que Janie va rencontrer Harmon.

Dans cette famille d’accueil où les enfants arrivent et repartent comme dans une gare,  il est son seul soutien,  son frère,  son complice celui qui va lui faire découvrir les   » Dames  »  : Aretha Franklin,  Ella Fitgerald,  Etta James,  Billie Holiday …

 » – Sont belles,  Harmon,  j’ai dit un jour.

– Mmm.

– Alles m’rendent heureuse.

– Moi aussi,  dit Harmon.  Alles m’donnent envie de sauter .

– De sauter de l’arbre ?

–  De sauter,  de sauter,  de sauter et de tourner.

J’ai dit :

– Alles me donnent envie d’chanter.  Harmon,  j’ai envie de chanter.

En disant ça j’ai senti quelque chose en moi que j’avais senti.  C’était comme si y avait un machin fort en moi.  Comme si y avait un machin qu’attendait dans mon ventre et qui me faisait avoir faim. « 

Alors Janie chante cette souffrance qui n’a pas de nom,  cette faim qui la consume,  elle chante lorsque Harmon part,  adopté par Monsieur et Madame James, elle chante lorsque vendue par sa mère en échange d’ une consommation gratuite et sans limites d’héroïne,  elle se retrouve chez papa Mitch et maman Shell,  des dealers.

Janie est une blanche qui se rêve noire comme les « Dames » qu’elle admire tant .

Elle a cette voix unique de ceux qui ont grandi dans les champs de coton entre haine,  révolte et résignation.

 » J’ai commencé à chanter mon blues à moi quand j’ai pus eu Harmon et les dames.  Je montais à l’érable du japon et j’chantais des chansons que j’inventais, j’faisais durer les sons longtemps et je changeais les airs tant j’avais mal .  J’chantais tous les mots qui me venaient dans la tête pasque la chanson n’avait pas d’importance,  l’important c’était chanter.  J’voulais juste aller ou mes chansons m’emmenaient,  toucher l’endroit qui me faisait mal pis qui guérissait pis qui me refaisait mal. « 

Janie l’abandonnée,  que l’on déplace comme un paquet encombrant décide de se donner un nouveau prénom : Leshaya .

Ce  prénom c’est aussi une nouvelle vie qu’elle revendique : Leshaya veut la gloire,  les paillettes,  des lumières et des regards qui la caressent .

Si terriblement vivante,  sensuelle et dans le même temps habitée par un formidable instinct de mort,  elle pratique la politique de la terre brûlée,  tout détruire autour d’elle sans possibilité de retour .

Recueillie par Harmon et sa famille adoptive elle saccage méthodiquement les rapports de confiance que les James essaient de nouer avec elle ,  mais enceinte elle abandonne son bébé chez eux et s’enfuit.  Elle se drogue,  se donne à qui veut d’elle .

Le chant reste sa seule passion,  le moteur qui la fait avancer.

Pourtant des mains se tendent : Cliff,  Rosalie,  Paul …

 » Il a levé les mains .

– Et c’est la faute à qui,  si c’est pas la tienne ?

Putain ! Putain ! ( Y s’est laissé tomber sul canapé.  Y regardait le plafond,  la tête complètement penchée en arrière.  Pis y s’est assis face à moi.)  Tu fonctionnes comme si tu étais toute seule  !  Comme si le monde entier était contre toi  !  Même si ta vie n’a pas était facile,  tu n’es pas pour autant dispensée de responsabilités  ! 

Que cela te plaise ou non,  tu vis en société  !

–  Ouais,  et alors ? j ‘ai dit et j’ai haussé les épaules pasque je j’comprenais pas vraiment ce que ça voulait dire  » vivre en société » « .

C’est un roman fascinant : Leshaya est à la fois pathétique et détestable.

C’est une personnalité  « éclatée » sans repères qui vit par pulsions,  drogue,  alcool et sexe,  grossesse précoce,  elle va toujours plus loin comme si rien n’avait d’importance hors la musique qui la transporte.

Elle est le reflet de celles qu’elles adulent,  ces  » Dames  » dont les vies détruites ont accouchées de chansons qui nous percent le cœur.

Dérangeant et cruel, pour jeunes adultes.

 

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