On est toujours le sauvage de quelqu’un…

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Après l’immonde bêtise des hommes dans « Le singe de Hartlepool » chroniqué par BishopSuzy il y a quelques mois et l’histoire de Minik, jeune « esquimau » ramené du Groenland en 1897 par l’explorateur Robert Peary, « découvreur » de météorites (puis du Pôle Nord en 1909), avec quatre autres esquimaux dont le père de Minik, afin d’être « exposés » à New-York « au nom de la science », dont j’avais parlé… il y a déjà quatre ans, voici une histoire plus réjouissante :

« Les sauvages » de l’auteure-illustratrice tchèque Lucie LOMOVA (paru chez Actes Sud – l’An 2 en 2011)

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« Basé sur une histoire vraie, cet album conte l’amitié entre un botaniste et ethnographe de Prague, Alberto Vojtech Frič  (prononcer : Fritch), et Tcherwuish, un Indien de la tribu Chamacoco. Leur rencontre a lieu en 1908, alors que Frič accomplit sur place une mission scientifique. Il découvre, sur les rives du fleuve Paraguay, la tribu de Cherwuish décimée par un mal inconnu, pour lequel il n’y a pas de remède. Frič retourne à Buenos Aires en amenant Tcherwuish, mais là non plus les médecins ne savent comment le soigner. Il décide alors d’amener l’Indien en Europe.

À Prague, celui-ci guérit mais surtout fait sensation par son extravagance et son ignorance des usages sociaux. L’amitié se renforce entre les deux hommes. L’idéaliste Frič non plus n’est pas à l’aise dans cette société. Plus tard, il retourneront ensemble au Paraguay. Mais Tcherwuish s’est trop occidentalisé ; personne ne croit aux récits qu’il fait de son expérience européenne, et sa tribu le chasse.

Les deux amis sont devenus inassimilables, « sauvages », c’est à-dire étrangers, dans leurs sociétés respectives. À travers ces destins croisés, Lucie Lomo livre une méditation pleine de cocasserie sur le thème de l’altérité.

(Tcherwuish mourut en 1967. Ses descendants et ceux de Frič sont toujours en relation aujourd’hui.) » (Présentation de l’éditeur)

Tout est loin d’être rose dans cette histoire et de nombreux contemporains d’Alberto Vojtech Frič se montrent racistes et malhonnêtes, de la même manière  les Indiens de la tribu de Tcherwuish  le rejetteront après son retour.

Heureusement, il existe toujours quelques individus comme Frič, capables de dépasser les clichés et les enseignements étriqués de leur époque et qui, s’engageant de manière désintéressée, contribuent à faire progresser la connaissance du monde et des autres.

« Au prix de difficultés personnelles et au détriment de ses travaux de recherche, [Frič] s’engagea en faveur des droits des Indiens et de la préservation de leur culture d’origine. Par son refus de la dissimulation, du mensonge et du dilettantisme scientifique, par ses manières directes et sa plume acérée de journaliste, il s’attira l’inimitié de nombreuses personnalités influentes dans les cercles scientifiques et politiques. Il publia dans plusieurs langues européennes des articles spécialisés, mais surtout des articles de vulgarisation, des croquis et des nouvelles destinés au public le plus large, enfants et jeunes gens compris. » (cf. postface pp. 147-151)

Toutefois, rien n’est jamais acquis et l’obscurantisme est toujours à l’affût de la moindre faille.

 

 

 

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