Les fragmentés

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Les Fragmentés

de Neal Shusterman

collection MsK aux Editions du Masque

1507-1

« La Deuxième Guerre Civile, également connue sous le nom de Guerre Cardinale, fut un combat long et sanglant livré au nom d’une seule cause.

Pour mettre fin au conflit, un ensemble de lois intitulé Charte de la Vie fut voté.

Celle-ci contenta les deux armées en présence : pro-vie et pro-choix.

La Charte de la Vie stipule qu’il est interdit d’attenter à la vie d’un enfant, depuis le moment de sa conception jusqu’au jour de son treizième anniversaire.

Néanmoins, tout parent peut décider d’interrompre la vie de son enfant entre l’âge de treize et dix huit ans…

… à condition de ne pas y mettre techniquement fin. »

Connor est l’ado lambda, 16 ans, un peu bagarreur, un peu hors des rails, qui va au lycée en dilettante.

Il est quelquefois en conflit avec papa, maman, certes rien d’exceptionnel, mais pour la société dans laquelle il vit, il mérite la « fragmentation ».

Horreur supplémentaire, ce sont les parents eux-mêmes qui prennent contact avec l’administration, remplissent soigneusement les formulaires qui vont leur permettre de se débarrasser d’un adolescent importun.

Connor doit fuir le plus loin possible, et réussir à survivre jusqu’à l’âge de dix-huit ans.

A cette date anniversaire, il ne risquera plus rien.

Risa aussi va être fragmentée. Pupille dans un orphelinat, elle a de bonnes notes, est une musicienne de talent mais ce n’est pas assez.

Quand on a besoin de place dans la maison-pupille Ohio 23 pour accueillir tous les enfants abandonnés, on supprime les indésirables.

« Je vais être fragmentée, c’est ça ?

Leur silence fut plus éloquent qu’une réponse affirmative.

L’assistante sociale s’avança pour prendre la main de Risa, mais la jeune fille la retira brusquement.

– Tu as toutes les raisons d’avoir peur. Tout bouleversement est terrifiant.

– Bouleversement ? Hurla Risa. Vous plaisantez ? Mourir, c’est un peu plus qu’un simple bouleversement !

La cravate du directeur du directeur se changea à nouveau en nœud coulant. Le sang n’irriguait plus son visage. L’avocat ouvrit son attaché-case.

– Mademoiselle Pupille, je vous en prie. Il ne s’agit pas de mourir et je pense que personne ici n’apprécie vos insinuations. En réalité, vous resterez vivante, mais dans un état divisé. »

Parce que tout le sel de la chose, toute sa perversité, est que l’ado en effet ne meurt pas.

Il est techniquement dépecé et ses organes sont distribués au gré des besoins des hôpitaux.

Comble de sadisme, il y a aussi les enfants que l’on prépare dès le plus jeune âge à être fragmenté : les décimes.

On leur présente l’inéluctable comme une reconnaissance de leur supériorité. A treize ans, ils vont à l’abattoir le sourire aux lèvres !

« Toute sa vie, Lev avait subi le mépris des autres enfants, jaloux que Lev soit traité par les adultes comme un être d’exception. Certains s’étaient montrés gentils, d’autres cruels. Ainsi était la vie. Il n’aimait pas qu’on le traite de « sale fragmenté » : il n’était pas comme ceux dont les parents signaient l’ordre de fragmentation pour se débarrasser de leur enfant. Non, Lev était la joie et la fierté de sa famille. »

Et même si des réseaux se créent et des mains se tendent pour aider les fugitifs, ils sont peu nombreux à remettre en question cette boucherie.

Enfin une société qui a tout compris : votre ado fait trop de bruit, a de mauvaises notes ? Fragmentez-le, avec bonne conscience, la main sur le cœur, puis qu’évidemment c’est pour le bien de tous.

La vie est sacrée, alors abandonnez vos enfants juste nés sur le palier du voisin ou devant l’orphelinat, tous ont obligation de les recueillir, et puis ce n’est pas si grave puisque dans quelques années on pourra s’en débarrasser…

C’est un roman à la fois passionnant par le sujet évoqué et extrêmement violent : toute une communauté a choisi d’éradiquer une partie de la génération qui est censée assurer sa survie dans le futur.

La violence faite à ces enfants est décuplée par le fait que les responsables sont ceux qui leur ont donné la vie et qui ont le pouvoir de la reprendre avec une simple signature.

Les Fragmentés pourrait n’être qu’un excellent roman, mais à la lecture de certains « faits de société », trafics d’organes, abandons d’enfants adoptés, j’en passe et des plus sordides, la peur nous saisit .

A lire absolument…

 

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