« Comment peut-on être persan ? »

Par défaut

J’avais déjà parlé des femmes au Yemen il y a quelque temps avec « La voiture d’Intisar » de Pedro RIERA chez Delcourt.

Cette fois ce sont les éditions Futuropolis qui font paraître une BD sur le sujet :

9782754811163

« Elles passent dans la rue sans faire de bruit, glissant comme des fantômes, recouvertes d’un voile noir des pieds à la tête. Sabiha, Hamedda, Aïcha, Nabiha, Ghada, Hafitha… autant de noms, de désirs cachés, de vies brimées derrière des niqabs. De toutes ces femmes, on ne perçoit que leurs regards qui expriment peurs, incertitudes, espoirs, volonté. Vendue en mariage à la sortie de l’enfance, Sabiha rêve de liberté et de sentir le vent caresser son visage. Un jour, elle ose retirer son voile et se pencher par la fenêtre, au risque d’être vue par un étranger… mais c’est son mari qui la surprend. Il la roue alors de coups : « Ne t’avise plus jamais de porter le déshonneur sur cette maison ». Prisonnière du carcan des traditions, elle tente alors dans un ultime effort de fuir ce foyer oppressant, au prix de sa vie. Hamedda, elle, a épousé un homme qui la laisse libre de ses mouvements. Bravant les mauvaises langues qui mettent à mal sa réputation, elle ouvre une cantine pour subvenir aux besoins de sa famille. En dépit des interdits sociaux, elle travaille pour des hommes-soldats pendant la guerre civile en leur procurant un repas chaud et un toit. L’affaire prospère, et à la fin de la guerre, les soldats sont remplacés par les premiers touristes. Refusant de porter le niqab, Hamedda offre le portrait d’une femme indépendante et volontaire. Aïcha a 13 ans. Elle commence à ressentir la pression insistante de sa famille, et en particulier de son frère aîné, pour porter le niqab afin de se soustraire aux regards des hommes dans la rue. Entre ses belles-soeurs traditionalistes, sa mère qui dédramatise le symbolisme du port du voile et ses amies progressistes, Aïcha hésite… Des portraits de femmes bouleversantes qui donnent à voir leur courage pour lutter au quotidien contre les traditions et acquérir leur émancipation. Autant de témoignages qui dessinent un nouveau visage du Yémen, celui de femmes qui n’ont plus peur de lutter pour leur liberté. Une révolution, de moins en moins silencieuse. » (Présentation éditeur) « Le Monde d’Aïcha. Luttes et espoirs des femmes au Yemen » (Futuropolis, 2014)

Ugo BERTOTTI a travaillé sur les impressions de voyage d’Agnès MONTANARI, photographe, qui avait rejoint son mari en mission là-bas.

« Le nombre de femmes que j’ai pu interviewer dépasse largement la trentaine. Elles sont de tous les âges, de toutes les classes sociales, de tous les niveaux d’instruction (…) Ce qui m’a particulièrement frappé chez ces femmes, c’est leur capacité à analyser de manière critique la vie qu’elles ont eue et leur volonté de ne pas faire les mêmes choix pour leurs filles. La nouvelle génération se trouve souvent entre deux mondes. » (A.M.)

Ce qui m’interpelle dans ces deux BD, c’est que ce sont des hommes européens qui les ont réalisées, grâce au fait que des femmes ont pu entrouvrir les portes de ce monde mystérieux qui est celui des femmes au Yemen, « entre deux mondes » comme le dit Agnès Montanari ou entre deux périodes de l’Histoire. Mais les hommes yéménites, ceux qui se permettent de violenter voire tuer leur femme ou leur soeur pour une fenêtre ouverte, un compliment… Ceux qui, comme le dit Ghada dans la BD, « se sont nourris  avec leur lait de l’idée que l’homme est un degré au-dessus de la femme », même lorsqu’ils viennent de familles « évoluées » et ont fait des études, qu’ont-ils à nous dire ?

J’ai aimé le graphisme d’Ugo Bertotti, son dessin en noir et blanc, ombre et lumière… Mais ces jeunes femmes comme Sabiha, pourront-elles un jour sentir l’air frais sur leur peau et profiter de la lumière solaire sans risquer d’y perdre la vie ? Combien de générations faudra-t-il encore ? Combien de femmes sacrifiées, toutes courageuses et bouleversantes fussent-elles ? Une belle BD mais un énième désespérant constat.

(*) Vous aviez reconnu la citation de Montesquieu…

Publicités

Un petit commentaire ?

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s