« Fééries dans l’île »

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C’est sous ce titre qu’avait paru chez Stock en 1957 la traduction de « My family and other animals » de Gérald DURRELL. Le titre original témoignait mieux de l’humour de l’auteur…
Près de soixante ans plus tard, les Editions La Table ronde rééditent ce récit pour notre plus grande joie, ainsi que les deux volumes qui suivirent (« Oiseaux, bêtes et grandes personnes » et « Le jardin des dieux ») sous le titre tout aussi insignifiant de « Trilogie de Corfou ».

Oublions le titre et consacrons nous à la lecture de ces souvenirs car c’est de cela qu’il s’agit.

« Gerry », l’auteur, est âgé d’une douzaine d’années lorsque sa famille s’installe à Corfou. Son frère aîné Larry (l’écrivain Lawrence Durrell) est à l’origine de cette décision et convainc leur mère, récemment veuve, d’emmener le reste de la famille sur cette île grecque.

« À la veille de la Seconde Guerre mondiale, Lawrence Durrell, futur auteur du Quatuor d’Alexandrie, fuit l’hiver anglais avec sa mère, sa sœur Margo, cœur d’artichaut, ses frères Leslie, autoritaire chasseur en herbe, et «Gerry», éminent zoologiste d’une douzaine d’années. Ils s’installent à Corfou, jardin d’Éden au beau milieu de la mer Ionienne. Là, le benjamin de la tribu part à la conquête de son île et de sa grouillante faune. Les souvenirs qu’il a conservés de cette époque enchanteresse ont donné naissance à des mémoires en trois volumes, adoubés par des générations de lecteurs, adultes et enfants confondus. » (cf. Présentation éditeur)

9782710370765

Cette époque de rêve va durer cinq ans, mais la seconde guerre mondiale  va rattraper ces citoyens britanniques et les obliger à quitter Corfou à laquelle,  néanmoins, la vocation de naturaliste de Gérald Durrell devra tout. Une quinzaine d’années plus tard, « Gerry » se remémorera cette période et la décrira, avec une grande précision, d’une manière tellement drôle et tendre à la fois qu’il faut se réjouir de cette réédition.

Une fois la maison trouvée grâce à Spiro (un des personnages clef du séjour grec), chacun s’installe selon ses préoccupations.

« Margo, en enfilant un maillot de bain microscopique et en s’exposant au soleil dans les oliveraies, avait rassemblé une bande ardente de jeunes et beaux paysans qui surgissaient comme par magie dans ce paysage apparemment désert chaque fois qu’une abeille volait trop près d’elle ou que son transat devait être changé de place. Mère se sentit obligée d’observer qu’elle trouvait ces bains de soleil assez imprudents.

Après tout, ma chérie, ce costume ne cache pas grand chose.

– Oh, Mère, ne sois pas si démodée, dit Margo avec impatience. Après tout, on ne meurt qu’une fois.

Cette remarque, aussi déconcertante qu’exacte, réduisit Mère au silence. »

Lawrence écrit et reçoit une foule d’amis artistes qui nécessiteront bientôt d’emménager dans une autre villa, plus spacieuse.

Leslie entretient une véritable armurerie et chasse, ce qui occasionne quelques passages délirants parmi les souvenirs de Gerry « grâce » aux mésaventures de quelques invités de Larry… Mère cuisine et Gerry découvre la nature, quasiment livré à lui-même hormis la compagnie de son chien Roger. Le jardin y suffira quelque temps puis au fur et à mesure que son grec s’améliore, il étendra ses explorations  à travers les oliveraies ainsi que sa découverte des voisins qui le gavent de fruits, de pain et de judicieux conseils.

Aux explorations s’ajoutent bientôt une passion pour la zoologie qui lui font rapporter à la maison toutes sortes d’animaux plus ou moins bien acceptés par les autres membres de la famille (crapauds, serpents, huppe, pies, goéland farouche…) et  leur vaudront lors d’un retour en Angleterre, au passage de la douane suisse, ce délicieux commentaire du douanier sur le formulaire de description des voyageurs : « Un cirque ambulant et son personnel » !

Je ne résiste pas au plaisir de vous faire partager le moment, par exemple, où Gerry découvre une femelle scorpion et ses bébés et,  l’introduisant en fraude à la maison à l’heure du déjeuner, la cache en attendant dans une boîte d’allumettes que Larry va malencontreusement ouvrir à la fin du repas…

« Larry poussa un rugissement d’effroi. Lugaretzia en laissa tomber une assiette, ce qui fit sortir de dessous la table un Roger aboyant férocement. D’une secousse, Larry lança la malheureuse bestiole sur la table, où elle atterrit entre Margo et Leslie, dispersant sa progéniture comme des confettis. Puis elle se dirigea vers Leslie, son dard frémissant d’émotion. Leslie se leva d’un bond, renversa sa chaise et, à grands coups de serviette, chassa l’insecte vers Margo, qui poussa un hurlement de locomotive. Mère, stupéfaite devant le chaos soudain, mit ses lunettes pour découvrir la cause de ce pandémonium. A ce moment, Margo, pour tenter d’arrêter l’avance de l’ennemi, lui jeta un verre d’eau. Au lieu d’atteindre l’animal, l’eau trempa Mère qui en eut le souffle coupé. L’insecte se réfugia sous l’assiette de Leslie, tandis que ses petits se répandaient, affolés, sur toute la table. Roger intrigué par la panique et décidé à y prendre part, se mit à courir autour de la pièce en aboyant frénétiquement.

– C’est encore ce maudit gamin !… tonna Larry.

– Attention ! Attention ! Les voici ! hurla Margo.

– Un livre ! rugit Leslie. Ne vous affolez pas, écrasez-les avec un livre !

– Mais enfin que se passe-t-il ? demandait Mère essuyant ses lunettes. »  (pp. 174-175)

Le flegme de Mère est aussi typique que l’humour de Gerry au fil des cinq années et des trois volumes, égratignant au passage quelques personnages qui le méritent bien (!) mais rendant  hommage à tous ceux qui, précepteurs improvisés, voisins chaleureux, visiteurs atypiques, contribueront à sa « naissance » de futur naturaliste.

N’attendez pas que le temps se gâte pour entamer la trilogie, faites d’ores et déjà provision de soleil et d’éclats de rire !

 

 

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