« Cli-fi »

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« Cli-fi » (de « climate fiction ») ou, en français, « l’anticipation climatique », serait, au sein des romans de science-fiction, un genre nouveau (!) qui aurait le vent en poupe…
Pourtant le livre de Jean JOUBERT, « Les enfants de Noé » a déjà vingt-six ans. Ecrit en 1987, l’auteur l’avait daté de 2006.

Les premières et importantes chutes de neige (un mètre cinquante en une journée) dans le nord-est des Etats-Unis cet automne 2014 m’ont rappelé ce livre que j’ai eu envie de relire.

15802         (Ecole des Loisirs, « Médium », 1988)

« En février 2006, des expériences dans la zone polaire provoquent une gigantesque tempête qui ensevelit l’hémisphère nord sous plusieurs mètres de neige, paralysant toute activité. Quelques années plus tard, un jeune homme, Simon, raconte la longue lutte pour la survie matérielle et spirituelle qu’il a menée avec sa famille, dans leur chalet des Alpes, au coeur de ce déluge blanc. Dans leur arche perdue, le père, la mère et les deux enfants affrontent de multiples périls, la solitude, la peur, parfois l’angoisse, mais finalement c’est l’ingéniosité et l’espoir qui l’emportent. Ils réinventent des gestes ancestraux qu’ils croyaient oubliés. Auprès d’eux, leurs animaux familiers les aident, de diverses manières, à surmonter l’épreuve. Dans les livres qui les entourent, et dont le père lit chaque soir quelques pages au coin du feu, ils puisent aussi des leçons d’amour et de courage. Roman d’anticipation, récit d’aventures, fable écologique, ce livre est aussi une méditation sur la fragilité du monde où nous vivons, et comme un manuel de survie pour les futurs naufragés de la société industrielle. » (Présentation éditeur)

L’époque de son écriture, sans doute, n’appelait pas encore une véritable réflexion sur l’évolution du climat, le sujet est simplement esquissé dans le premier chapitre, lors de la discussion entre le père du narrateur et un voisin, Sébastien.

Jean Joubert saisit plutôt ce prétexte pour raconter un huis-clos de deux mois au sein du chalet entre les quatre personnages, leurs réactions, l’évolution de leurs sentiments, la difficile survie…

« Depuis trois jours, nous n’avons pas revu les loups. Je n’arrive pas à croire que le soufre seul ait été capable de les mettre en fuite.

Autre souci : notre nourriture qui s’épuise. Nous n’avons plus de seigle, de conserves, de porc salé, de riz, de pâtes, de choux. Je me demande si nous ne risquons pas, un jour ou l’autre, d’être atteints de scorbut ;  mais je crois que le lait et les oeufs, que nous avons heureusement en quantité suffisante, peuvent nous en protéger.

(…) Pa continuait de marquer les jours sur le calendrier, où les coches faisaient maintenant une grande tache sombre. Nous étions ensevelis depuis cinq semaines, Man était malade depuis une semaine, et nous savions que le printemps était venu, même si rien ne le révélait vraiment. Les jours étaient certes plus longs, mais le ciel restait pesant, et, lorsque nous apercevions le soleil à travers les nuages, c’était un disque pâle, qui faisait plutôt penser à la lune. Le froid persistait, et s’il n’était pas très vif, la température dépassait rarement le zéro. Rien n’annonçait la proximité de la fonte des neiges, et, la croûte, qui s’était peu à peu formée à la surface, restait insuffisante pour supporter notre poids. »

En le relisant, certaines petites inexactitudes me sont apparues, quelques clichés (c’est la mère qui va « lâcher prise » en premier), des idées dont l’auteur ne tire pas partie (comme ce drôle d’hélicoptère qui les survolera vers la fin, leur délivrant un colis de nourriture « chimique » mais bienvenue « et un livre » dont on n’entendra plus parler, alors pourquoi en avoir parlé ?), mais cela n’a guère d’importance tant on est pris par l’atmosphère et le suspense.

Une espèce de robinsonnade, philosophique et poétique à la fois, qui se lit d’une traite.

 

 

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  1. Bonjour, les récits d’anticipation climatique ont toujours existé ; ce qui est surtout « nouveau » à travers l’étiquette « cli-fi » ce sont leurs enjeux, à savoir proposer une littérature d’anticipation engagée dans le débat climatique et politique actuel. En d’autres termes, vulgariser les conclusions des climatologues du GIEC auprès du grand public par le biais de la fiction d’anticipation. Le genre émerge dans la mesure où cette implication forte n’apparaissait pas dans les plus anciennes anticipations abordant le climat, ou pour être exact était très rarement abordée.

    Il n’empêche que si l’on recherche les premiers auteurs ayant discuté d’un changement climatique majeur avec cette approche, on retrouve tout de même « Le Monde Englouti » de J.G. Ballard.(1962). Point intéressant, ce dernier s’appuyait sur l’idée d’une cause solaire naturelle pour son réchauffement climatique : dans le débat scientifique des années 60, il n’était alors pas encore tranché si le climat allait se refroidir en raison de l’activité humaine (thèse invalidée aux début des années 80, il est désormais prouvé qu’au contraire, notre activité humaine est responsable du RC) ou si ce réchauffement serait naturel (thèse également invalidée, dans le débat moderne ce sont les hypothèse de Courtillot et Allègre, démontrées fausses par les observations de Lovejoy et coll.).

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