Etonnants herbiers

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Fin 2007, les usagers de la BFM de Limoges avaient pu contempler un herbier assez singulier : celui constitué par le chirurgien-major Fray-Fournier, commissaire des guerres napoléoniennes. Celui-ci avait ramassé ces plantes sur les champs de bataille ou dans les régions traversées par les troupes de Napoléon entre 1805 et 1815.

C’est un autre herbier « guerrier » que nous offre le livre « Plantes de poilus. La fleur et le fusil en 14-18 » paru cet automne 2014 aux éditions Plume de carotte dans la collection « Terra curiosa ».

Il s’agit de l’herbier récolté par Stanislas Boireau, jeune épicier de 28 ans à Tours,  à l’intention de sa bien-aimée Marthe Guitton.

Ces fleurs cueillies sur les champs de bataille d’août 1914 à janvier 1917 étaient jointes, séchées, aux lettres qu’il lui adressait. Marthe les déposait dans un herbier qu’elle annotait, en attendant son retour (il aura la chance de survivre à la guerre mais ne sera démobilisé que fin mars 1919). Sur la page du 19 mars 1915, par exemple, entre lierre, liseron, pensées et myosotis figure un modeste bouquet envoyé pour les 20 ans de Marthe…

Denis RICHARD, dans son livre « Plantes de poilus »

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a souhaité à la fois rendre hommage à ces jeunes hommes et évoquer leurs liens avec l’univers végétal qui les entourait, des

« fûts de peupliers éclatés au bord des routes, le couvert protecteur des forêts, le minuscule potager patiemment entretenu au voisinage de la ligne de front, le jardin d’une ferme mutilé par les obus ou le jardin de la maison retrouvé à l’occasion d’une permission… Ce sont, au quotidien, les fleurs fraîches se pressant au plus proche du bord des tranchées, se penchant vers les soldats terrés ou se tendant vers le ciel des premiers jours d’un printemps timide encore aux derniers feux des feuillages automnaux, ce sont les chaumes des blés qui, souvent, dissimulent les corps des hommes et des chevaux que révèle avant tout leur odeur dans la touffeur de l’été, ce sont les coquelicots écarlates qui s’empressent de coloniser la terre hâtivement pelletée des tombes de ceux qui ont eu la chance de bénéficier d’une sépulture. Ce contraste saisissant entre l’omniprésence d’une nature renaissant, saison après saison, et la violence de la guerre est mis en scène d’une façon particulièrement évocatrice dans les poèmes des soldats. » (extrait des pages 8 et 9 du « Préambule »)

Parmi les fleurs « messicoles » (des moissons), tout le monde connaît le coquelicot qui deviendra le symbole officiel du souvenir au Royaume-Uni, Canada, Australie et Nouvelle-Zélande ainsi que le bleuet, mémoire des morts de la Grande Guerre en France.

Peut-être sait-on moins que le myosotis est le symbole de la commémoration à Terre-Neuve. Pour ma part, j’ai découvert le coquelicot pourpre, à la mémoire des millions… d’animaux  morts également au cours des conflits  (chevaux, mules et ânes de bât, pigeons voyageurs, chiens de tranchées).

Un chapitre est consacré au « migrantes végétales de la Grande Guerre », les plantes « polémochores », espèces importées le plus souvent d’Amérique du Nord dans le fourrage des chevaux, les paillasses des soldats ou les caisses de matériel militaire, mais aussi d’Australie ou de Nouvelle-Zélande comme ce champignon-pieuvre (anthurus archeri), dont les spores ont pu être transportés sous les bottes des soldats et qu’on peut désormais trouver en Limousin :

Anthurus archeri (cf. photo ONF)

Anthurus archeri (cf. photo ONF)

Outre l’herbier, les seize chapitres aux sujets variés et très illustrés, de la légende des chrysanthèmes aux faux arbres de camouflage, en passant par « Les roses de Picardie » chanson restée célèbre, sont une manière originale et souvent émouvante de commémorer la guerre de 1914-1918.

 

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