Grandclapier

Par défaut

Grandclapier : un roman de l’ancien temps

de Johan Sfar chez Gallimard

CVT_Lancien-temps-Grandclapier_2038

Il était une fois au pays de Nissa…

I- Le Balafré

« C’était un soldat de Dieu…

Il avait de grands yeux bleus bridés et une balafre qui lui coupait la gueule en deux. Pour le reste, comme ceux de son ordre, l’épée enflammée avec l’œil du pape en haut du manche, l’armure rutilante, et sans cesse en train de hurler et de donner des ordres. »

Autant dire qu’en tant que soldat de Dieu il ne fait pas dans la tolérance et tue comme il respire avec le contentement du travail bien fait.

Il a autant d’empathie que les cailloux du chemin mais  s’en moque car, le monde étant peuplé de mécréants, c’est bien fait pour eux !

II- Brasque le noir

Il débute dans la vie avec un sacré problème car son père, n’ayant jamais lu Dolto, a une vision de l’éducation toute particulière : à la cravache.

Mais quand il pousse le bouchon en peu loin en tuant sa fille par des coups répétés sans instrument contondant, Brasque lui fait part de son mécontentement en le rossant copieusement.

Mal lui en prend…

« Le conseil des anciens ne se mêlait pas de l’intimité des familles. Si le filetier avait jugé bon de casser sa fille en deux et de virer Brasque le noir de la fileterie, c’était son affaire. Il faut respecter la volonté d’un père, sinon tout est fichu. Et si le père dit que cet enfant porte malheur, et que cet enfant est mauvais, c’est conforme au code de la famille, sa voix est souveraine. »

Il fait cependant des efforts, ce brave Brasque : il se marie, fait des enfants, mais sa femme tombe sous l’emprise d’un gourou, illuminé comme tous les gourous, et le quitte avec les enfants pour se soumettre à la volonté divine.

Autant dire que Brasque l’a mauvaise ; malgré cela il fait preuve d’une retenue de bon aloi.

« En passant devant le marché aux coquillages où s’exprimait le prêtre, Brasque avait eu envie, comme chaque fois qu’il l’entendait, de lui défoncer toutes ses petites dents pointues, de lui arracher de la tête ses gros yeux torves d’amphibien menteur et de le pendre à la devanture de la taverne, accroché à l’enseigne par ses deux nerfs optiques. »

III- Granclapier

Comme son nom ne l’indique pas, Grandclapier est l’ogre de l’histoire.

C’est une version classique de l’ogre :

« Granclapier avait la morphologie d’un gigantesque orang-outan, avec des bras encore plus longs, si c’est possible. Aussi agile avec ses mains qu’avec ses pattes postérieures et fort comme un ours. »

Avec option dents oranges, ce qui met une dernière touche de couleur sur la rétine de ceux qui se font dévorer : c’est plus gai !

Granclapier fait son boulot d’ogre : il déchiquette, déguste, puis déglutit et digère tout ce qui passe à la portée de son admirable appétit.

« Cet ogre était une bonne nature. Il n’y eut donc aucune manifestation de colère ni de ressentiment dans la façon dont il dévora les cinq jeunes gens. Le monstre aux dents de corail éprouvait simplement le besoin de se libérer, et la course forestière l’avait affamée. Il les entortilla dans les branches, bondit sans bruit sur ceux qui, restés au sol, tentaient de lui piquer le derrière à coups de vouges. Puis, sans attendre, il mangea les yeux, le ventre, les mains, craquant les os et ne recrachant rien.  »

Son seul problème – et il est de taille – c’est que sous ses airs de grande brute sauvage se cache une petite fleur bleue toute fragile : l’ogre est amoureux de la reine Mathilde et la reine Mathilde pfffffff …

« N’importe quelle créature normalement constituée aurait voulu, en permanence, lui détailler le visage. Et on aurait pu mourir d’angoisse à force de se demander si l’on souhaitait embrasser en premier son nez pointu, ses sourcils presque blancs à force d’être blonds, ou sa bouche, dont la lèvre supérieure venait très en avant et semblait dire : « je peux faire du bien, je peux mordre, mais en vrai je suis triste et tu ne m’atteindras pas. »

Il y a aussi :

1 faune

1 géant

1 sourcier

1 licorne

1 hermine

1 roi rapidement défunt

Etc, etc, etc.

Âmes sensibles s’abstenir, tout ce petit monde va gentiment s’étriper.

La reine Mathilde va épouser, raison d’Etat oblige, l’immonde Balafré, ce qui va briser le cœur de Granclapier qui va découvrir l’amitié et l’espoir grâce à Brasque le noir, dans l’âme duquel sommeille un philosophe.

« Plutôt que nos vagues aventures, de droite et de gauche, soyons chosologues : une chose est une chose. Moi je suis un barbare et toi tu es un ogre. Qu’est-ce que ça fait dans la vie, dans la vie, un ogre et un barbare ?

– Je ne sais pas.

– Des petits farcis aux tomates ?

– Quoi ?

– Je plaisante, Grandclapier. Un ogre et un barbare, ça fait un carnage ! Alors vient. D’abord on va s’occuper de ton Balafré, et ensuite, on va exterminer tout mon village. »

C’est drôle, caustique, complètement barré, j’ai adoré.

Publicités

Un petit commentaire ?

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s