« Mon père est parti à la guerre »

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« La guerre de 14, encore ? » pensez-vous.
Oui, mais il s’agit-là de sujets rarement traités dans les romans jeunesse : l’objection de conscience et les souffrances, souvent irréversibles, des soldats traumatisés.

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« Alfie Summerfield vient d’avoir cinq ans le jour où la Grande Guerre éclate. Son père a promis qu’il ne partirait pas mais s’engage dès le lendemain, persuadé que « tout sera fini à Noël ». Quatre ans plus tard, la guerre fait rage et le jeune garçon ignore si son père est vraiment parti en mission ou s’il a disparu à jamais. Tout le monde semble savoir ce qui lui est arrivé mais le secret reste bien gardé. Devenu cireur de chaussures à la gare de King’s Cross de Londres, Alfie va enfin découvrir la vérité au hasard d’une de ses rencontres et partir pour la mission la plus importante de sa vie… » (Présentation éditeur)

Bien sûr, nous avons déjà lu le terriblement émouvant « Soldat Peaceful » de Michael Morpurgo en hommage aux fusillés pour l’exemple, et d’autres romans qui abordent ces différents thèmes en passant.

Mais cette fois,  il s’agit du sujet du livre, intrinsèquement.

« Mon père est parti à la guerre » de John BOYNE (édité en 2014 par Gallimard jeunesse) se lit d’une traite, tant on veut savoir ce qu’il advient de Georgie,  du fait aussi du courage d’Alfie malgré ses neuf ans, de son opiniâtreté heureusement récompensée et de tous les personnages, comme Joe Patience, l’objecteur de conscience emprisonné et torturé par ses co-détenus :

« Tu vois cette cicatrice ? (Joe indiqua le sillon qui lui barrait la joue). J’en ai hérité en prison. Et cela ? (Il pointa du doigt la marque de brûlure sur sa tempe.) Il vaut mieux que tu ne saches pas comment cela m’est arrivé ni ce que les autres m’ont fait. Bref, quand j’ai été libéré, je ne savais pas quoi faire. Alors, je suis rentré chez moi. Ce qui est drôle, c’est que j’en bave moins maintenant. Tu as remarqué que je boîte ? (Alfie acquiesça.). C’est parce qu’un détenu m’avait pris en grippe. Avec cette claudication et mes cicatrices, je peux traverser Londres dans un sens et dans l’autre sans risquer qu’on me donne une plume blanche. Les gens s’imaginent que j’ai été blessé au front. Sais-tu comment cela s’appelle, Alfie ?

Alfie secoua la tête.

– De l’ironie, répondit Joe avec un pauvre sourire triste. C’est ce qu’on appelle de l’ironie. »

Comme la famille Janáček déportée sur l’Ile de Man parce que d’origine étrangère et donc forcément (!) suspecte.

Et comme tous ces malheureux soldats devenus fous par les bombardements et les atrocités vécues que le Dr Ridgewell et son équipe tentent de ramener à la vie :

« – Est-ce qu’on en meurt ? demanda Alfie, soucieux.

– Mon Dieu, non. Ce n’est pas une maladie mortelle. Bien qu’on puisse classer certains malades parmi les morts-vivants. Ils ont subi tant de bombardements, de tirs d’obus, ont vu tant de choses effroyables que leur esprit s’est replié sur lui-même en disant : « Tu vas de ton côté et moi, du mien; » Ce sale boulot, c’est le mien : essayer de remettre ces malades sur pied… » (pp. 184-185)

« (…) – Avez-vous des nouvelles du ministère de la Guerre, docteur ? demanda le jeune médecin.

– Concernant quoi ?

– La reconnaissance.

– Pas encore, non. Aucun de ces hommes politiques de malheur ne veut être celui qui annoncera l’évidence, qui affirmera haut et fort à la population qu’il s’agit d’une véritable maladie dont il faut tous nous soucier. Et cela pour des années, j’en ai peur. Le problème est que les gens la considère comme de la lâcheté et qu’aucun de nos parlementaires n’a le cran de les détromper. » (pp.212-213)

En filigrane, John Boyne traite également de l’importance des femmes, admirables dans leur rôle d’infirmières improvisées ou suffragettes, haïssables dans leur médiocrité de dénonciatrices et de pseudo-justicières.

Très simplement, à travers les yeux d’Alfie, John Boyne aborde de nombreux sujets valables pour toutes les époques et toutes les guerres…

 

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