Mondiale boucherie

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Capture du 2015-04-02 10:03:19

Mondiale boucherie de Olivier Costes chez Oskar

 »  Mais ce nordiste à la raideur militaire n’est pas qu’un tueur, qu’un professionnel de la fin de vie. C’est aussi un gourmand qui a faim de vie. Comme tout grand prédateur, c’est un séducteur à double tranchant : froid comme la bise et chaud comme la braise, Philippe Piétrain peut faire fondre n’importe quelle femme de n’importe quel milieu, à tout moment, quel que soit son âge, les jeunes pintades comme les vieux boudins. Il a les plaisirs de la chair dans la moelle et dans le sang.  »

Mais qui est ce personnage troublant ?

Philippe Piétrain, boucher émérite seul rempart contre les « boches » et leurs jambons de Westphalie ou d’Ammerland , leurs saucisses de Thuringe et de Nuremberg .

Philippe Piétrain est prêt à faire don de lui même à la France et à la Boucherie Française pour lutter contre la sanglante hégémonie de la malbouffe allemande.

 » – Les Fritz sont des sauvages, ils bouffent n’importe quoi ! Du chat, du chien, du ragondin ! Ils vont nous en refiler dans leurs saucisses si on ne fait rien. La défense de la Boucherie Française, c’est la lutte de la civilisation contre la barbarie !  »

Au Grand Quartier général de la Boucherie Jouffre et Fouch organisent la contre-attaque :

création d’immenses parcs à bestiaux, concentration de milliers de têtes de bétail dans des conditions effroyables, tueries de masse …

Il faut absolument gagner en productivité pour enrayer la surproduction charcutière allemande , tous les moyens sont bons et comme dit Fouch :

 » Elle a de la gueule la Der des ders, non ?  »

Le choix d’Olivier Costes est étonnant : crée une fiction à partir de personnages et événements incontournables de notre histoire en les replaçant dans un contexte inattendu : le monde de la tripaille avec ses bouchers, son folklore, sa cruauté.

Piétrain/Pétain, Jouffre/Joffre, De Goulle/de Gaule et Ménestrel et Fouch… ils sont tous là protagonistes de la Grande Guerre puis de l’entre deux guerres revisitées par l’auteur.

Pietrain autour duquel gravite une cour empressée ballade une nostalgie méprisante.

 »  Je verrai le soir tomber sur les modestes chaumières ou des fermières rustiques et fertiles mettent bas des familles nombreuses de petits gaulois aux joues rouges. Je humerai avec émotion la terre baignée de la sueur, du sang et des larmes de nos glorieux ancêtres.  »

Elle va le conduire à l’irréparable :

 »  Philippe prend la photo entre ses doigts graisseux pour mieux l’examiner. On y voit un wagon à bestiaux.

-C’est curieux, regardez, on dirait…

-Quoi ? Qu’est ce qu’il y a ? demande Louval.

– Passe moi la loupe, Bernard… Merci.

(Philippe, plisse les yeux.) Ces bêtes entassées à l’intérieur, là… on aperçoit leurs têtes, leurs regards par la petite ouverture entre les planches ici, vous voyez ? C’est un peu sombre et flou mais on dirait… on dirait qu’elles ont un visage humain…

Des regards de femmes et d’enfants… »

Même si la lecture n’en est pas aisée, le choix de la fiction est parasité par la réalité des faits, le roman est une réussite : caustique, grinçant, en un mot, saignant .

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