Dans la peau d’un chef de gang

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Dans la peau d’un chef de gang

de Sudhir Venkatesh

Édition Globe

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Années 1990, Sudhir Venkatesh est un jeune étudiant en sociologie à l’université de Chicago.

Il décide de travailler sur la pauvreté urbaine dans la communauté afro-américaine et contacte un spécialiste de l’université, le sociologue William Julius Wilson.

« Wilson m’expliqua qu’il espérait mieux comprendre la manière dont les jeunes noirs étaient marqués par leur quartier : le fait de grandir dans une cité, par exemple, impliquait-il pour un enfant pauvre une éducation et des débouchés professionnels plus mauvais que ceux d’un enfant tout aussi pauvre qui aurait grandi hors des cités ? Quelle différence pouvait-il y avoir entre les pauvres qui grandissaient dans une zone pauvre et des pauvres qui grandissaient près d’un quartier riche ? Ces derniers profitaient-ils des écoles, des services et des opportunités d’emplois qu’offrait le quartier riche ? »

Venkatesh commence à parcourir les rues des cités de Lake Park, quartier déshérité, muni de questionnaires à choix multiple : le choix des questions sélectionnées m’a d’ailleurs laissée perplexe !

« La première question était l’une de celles que j’avais adaptées d’après des enquêtes précédentes du même type. C’était l’une des questions qui visaient à comprendre comment les jeunes se percevaient eux-mêmes.

– Comment ressentez vous le fait d’être noir et pauvre ? Dis-je en lisant mon papier.

Le gars à la casquette trop grande éclata de rire, ce qui entraîna l’hilarité générale.

– Va te faire foutre ! Me dit-il. Tu te fous vraiment de ma gueule. »

Les réponses à cette question  étant « très mal », « assez mal », « ni bien ni mal », « assez bien », on comprend l’étonnement des sondés !

Au hasard de ses déambulations il est pris à partie par les membres d’un gang, les Black Kings ; leur chef J.T. (John Henri Torrance) prend l’étudiant paumé sous son aile et l’initie à la vie de gang.

L’intérêt de ce récit documentaire est de dépasser le côté folklore « gang de désœuvrés ultra violents » pour faire découvrir aux lecteurs la façon dont les gangs peuvent infiltrer et pervertir toute une communauté.

Police et services sociaux sont défaillants, corruption et choix politiques concourent à isoler ces quartiers qui sont déjà des zones de non-droits.

Ces vides laissés par les institutions sont immédiatement comblés par les gangs.

J.T. intervient dans les conflits privés, rixes, femmes battues et distribue de l’argent, de la nourriture, se constituant ainsi une clientèle d’obligés et devenant l’homme providentiel.

La limite de l’« enquête d’investigation » est à mon sens la neutralité que doit conserver l’auteur.

Sauf que dans ce cas précis on sent que J. T. exerce une telle fascination sur l’apprenti sociologue qu’il perd de vue l’impact destructeur qu’exercent les gangs sur les communautés à la dérive.

« Après mon jogging, je m’arrêtais parfois près du grand lagon marécageux situé au milieu du parc. Une demi-douzaine de vieux noirs se réunissaient là chaque jour pour jouer aux cartes, boire de la bière et pêcher le bar ou la perche…..

Ils parlaient du mouvement des Black Panther de leur jeunesse, si radicalement différent des gangs d’aujourd’hui.

– Les Panthers organisaient des petits déjeuners pour les enfants alors que les gangs ne font que leur tirer dessus et leur faire bouffer de la drogue, se plaignait l’un des hommes. »

Sudhir Venkatesh peut s’émerveiller de voir le gang apporter de l’aide aux plus démunis, mais c’est oublier que cet argent distribué est généré par le trafic de drogue, la prostitution et le racket.

L’argent que l’on donne d’une main est repris de l’autre : les prostituées sont aidées mais taxées, les sans-papiers aussi, et ceux qui ne prêtent pas allégeance sont chassés du quartier.

Sudhir Venkatesh parle beaucoup de sa naïveté, mais elle confine parfois à la cécité volontaire : qui peut croire que J. T. est un avatar de Robin des Bois ?

Cette trop grande complaisance (cet avis m’est personnel !) ne dénature pas la valeur de ce récit qui reste un document à la fois intéressant et désespérant.

 

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