Gispy

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Nous sommes dans un futur proche, milieu du XXIe siècle, le trou de la couche d’ozone s’est considérablement agrandit, l’hémisphère nord de notre planète se refroidit alors que l’hémisphère sud se réchauffe de plus en plus.

Pour remédier à cela, le trafic aérien est interdit, les transports se font au moyen de la Circumpolaire 3-Continentale, la C3C, gigantesque autoroute où règne la loi du plus fort, reliant entre eux les principales villes du globe.

La plupart des pays traversés par la C3C sont en proie aux guerres civiles, aux dictatures; les mafias, les sectes aux origines médiévales et les trusts financiers règnent en maître.

C’est dans ce contexte chaotique, quasi post-apocalyptique, qu’évolue le chauffeur de camion Tsagoï, dit «Gipsy». Gitan originaire de l’Europe de l’Est, seul routier à son compte dans cet univers impitoyable.

Personnage haut en couleurs, toujours prêt à se battre pour défendre ses intérêts, Capitaine Haddock gitan aux insultes et jurons percutants aussi sûrement que ses poings ou ses couteaux, le Gipsy n’en est pas moins un individu attachant, extrêmement drôle, sorte de néandertalien se débattant dans des situations qui le dépassent mais dont il se sort toujours avec brio, tel un héros de vieux western spaghetti.

Les différents albums suivent les pérégrinations du Gipsy sur plusieurs continents: du Mexique à la Sibérie, en passant par l’Allemagne et le Moyen-Orient et le Pôle Nord!

Marini, dessinateur de BD de génie, arrive à créer une ambiance unique: mélange de décors appartenant à un passé révolu, de villes orientales des Milles et unes Nuits, du couronnement d’un tsar sorti tout droit d’un film d’Eisenstein avec des éléments futuristes, comme cette autoroute monstrueuse qu’est la C3C, avec ses camions démesurés et ses relais routiers dignes de l’astroport de Mos Eisley*

Les dialogues sont parfois rudes et vulgaires, mais sublimés par leur côté comique et le second degré permanent dans lequel ils baignent.

Sous ses aspects badass cette BD n’est pas dépourvue de poésie, les personnages sont extrêmement bien travaillés. Le personnage du Gipsy, solitaire au grand cœur et à la grande gueule cherchant tant bien que mal à faire sa route dans le monde et dans la vie est un individu des plus singuliers, un aventurier tel que le définit Jean Paul Belmondo dans l’As des As: «Si être un aventurier c’est être quelqu’un qui, lorsqu’il voit des emmerdes se jette dedans, alors oui, je suis un aventurier».

Mais bien qu’il prenne part physiquement à quasiment tous les conflits qu’il croise le long de sa route, il garde une indépendance morale absolue, ne prêtant allégeance qu’à sa seule liberté, exactement comme Corto Maltese, avec qui il partagent les mêmes racines au sein de la «Tribu prophétique aux prunelles ardentes»**

Personnage difficilement définissable, laissons le mot de la fin à un de ses adversaires: «Sois c’est le roi des cons et il a beaucoup de chance. Soit il a un don. Que pensez-vous de ce Gipsy? – Bah c’est surtout le meilleur sur la C3C, un jour il m’a dit un truc vraiment profond sur la vie: si tu chies assez longtemps dans les fourrés, t’apprends à te torcher le cul avec des chardons»

Latcho drom!***

*Souvenez-vous de la cantina sur la planète Tatooin où Lucke Skywalker et Obi-Wan Kenobi rencontrent pour la première fois Yann Solo…..

** «Bohémiens en voyage» de Baudelaire.

*** «Bonne route»

 

Gipsy05

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