Le labyrinthe vers la liberté

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Le Labyrinthe vers la liberté

de Delia Sherman aux Editions Helium

The_Freedom_Maze

« Elle se balançait sur son tabouret, buvant à petites gorgées, lorsqu’elle aperçut un homme noir, qui frappait à la devanture. Le regard de la fille au comptoir alla de lui à Maman et elle eut un petit mouvement de tête. Sophie fut soulagée. Les femmes noires, ça allait – Lily, la femme qui travaillait pour Maman à Métairie, l’avait presque élevée. Mais les Noirs, spécialement les jeunes, pouvaient être dangereux. Ils étaient paresseux et sales, et parfois ils buvaient. Jamais, sous aucun prétexte, Sophie ne devait parler à un Noir qu’elle ne connaissait pas. »

Nous sommes en Louisiane dans les années 60.

Sophie, l’héroïne, va passer quelques jours à Oak Cottage.

Sa grand mère et sa tante Enid l’attendent de pied ferme. A-t-elle bien intégré tous les codes de la Belle du sud ? Se souvient-elle qu’elle est une Fairchild Martineau ?

Qu’elles se rassurent, Madame mère y a veillé. Ces trois femmes vivent dans le regret d’une splendeur déchue, celle des Fairchild d’Oak River, de leur magnifique « Grande Maison coloniale », et de leurs 150 esclaves.

La vie était belle alors, les jeunes filles bien nées couraient de bals en thés à la recherche d’un mari fortuné. C’était l’époque bénie où l’on avait le droit de vie et de mort sur un troupeau misérable d’humains que la couleur de leur peau condamnait dès leur naissance.

Mais c’était avant la guerre, avant les incroyables revendications de ces races inférieures.

Sophie ne se pose pas de questions quant à la société dans laquelle elle vit, elle a 13 ans et souffre du divorce de ses parents, de la cruauté de sa mère.

« Maman soupira.

– C’est une plaisanterie. Vraiment, quelquefois j’ai du mal à croire que tu es ma fille. Il doit y avoir un peu de sang noir dans la famille de ton père. Ces planteurs français se mariaient avec n’importe qui. C’est clair. Va-t-en maintenant, et coiffe toi, si tu peux. »

Elle ère dans le parc sur les traces de cette gloire passée, s’égare dans le labyrinthe laissé à l’abandon.

Tante Enid la met en garde. Le domaine est hanté, peut-être par les fantômes de ceux qui y ont souffert.

Mais Sophie n’écoute pas, elle est déjà possédée par une entité qui va se jouer d’elle.

« Je voudrais être morte !

– Dis pas ça devant moi, ma p’tite. (La Créature semblait inquiète.) Sauf si tu l’penses vraiment.

– Et bien oui, je souhaiterais être quelqu’un d’autre.
– Et qui tu voudrais être ?

Sophie brandit The Time Garden.

– Je veux être comme Ann, Roger et Eliza. Je veux voyager dans le temps, vivre de grandes aventures, avoir des frères et des sœurs et que tout le monde m’aime.

La pièce était silencieuse.

– C’est bien un souhait ? Demanda la Créature d’un ton solennel.

Sophie n’était pas d’humeur à être prudente.

– Oui, dit-elle, c’est un souhait. »

Ces désirs vont être comblés au-delà même de ce qu’elle espérait : en effet on va l’aimer, l’aider, la soutenir mais elle va devoir également supporter la cruauté, la violence et l’humiliation.

Le début du roman reste classique et on s’achemine vers le probable récit de la prise de conscience d’une adolescente dans une société raciste et inégalitaire.

Et puis, surprise, il y a cette rencontre déconcertante dans le labyrinthe qui fait basculer le roman dans une autre dimension. Celle d’un univers fantastique en marge de la réalité.

On se demande comment Delia Sherman va retomber sur ses pieds, mais ça marche et c’est absolument passionnant .

J’ai beaucoup aimé !

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